— De tout notre coeur, dit M. Peggotty.
— Vous me permettez de lui parler si je la retrouve; de lui donner un abri, si j'ai un abri à partager avec elle, et puis de venir, sans le lui dire, vous chercher pour vous amener auprès d'elle?» demanda-t-elle vivement.
Nous répondîmes au même instant: «Oui!»
Elle leva les yeux au ciel et déclara solennellement qu'elle se vouait à cette tâche, ardemment et fidèlement; qu'elle ne l'abandonnerait pas, qu'elle ne s'en laisserait jamais distraire, tant qu'il y aurait une lueur d'espoir. Elle prit le ciel à témoin que, si elle chancelait dans son oeuvre, elle consentait à être plus misérable et plus désespérée, si c'était possible, qu'elle ne l'avait été ce soir-là, au bord de cette rivière, et qu'elle renonçait à tout jamais à implorer le secours de Dieu ou des hommes!
Elle parlait à voix basse, sans se tourner de notre côté, comme si elle s'adressait au ciel qui était au-dessus de nous; puis elle fixait de nouveau les yeux sur l'eau sombre.
Nous crûmes nécessaire de lui dire tout ce que nous savions, et je le lui racontai tout au long. Elle écoutait avec une grande attention, en changeant souvent de visage, mais dans toutes ses diverses expressions on lisait le même dessein. Parfois ses yeux se remplissaient de larmes, mais elle les réprimait à l'instant. Il semblait que son exaltation passée eût fait place à un calme profond.
Quand j'eus cessé de parler, elle demanda où elle pourrait venir nous chercher, si l'occasion s'en présentait. Un faible réverbère éclairait la route, j'écrivis nos deux adresses sur une feuille de mon agenda, je la lui remis, elle la cacha dans son sein. Je lui demandai où elle demeurait. Après un moment de silence, elle me dit qu'elle n'habitait pas longtemps le même endroit; mieux valait peut-être ne pas le savoir.
M. Peggotty me suggéra, à voix basse, une pensée qui déjà m'était venue; je tirai ma bourse, mais il me fut impossible de lui persuader d'accepter de l'argent, ni d'obtenir d'elle la promesse qu'elle y consentirait plus tard. Je lui représentai que, pour un homme de sa condition, M. Peggotty n'était pas pauvre, et que nous ne pouvions nous résoudre à la voir entreprendre une pareille tâche à l'aide de ses seules ressources. Elle fut inébranlable. M. Peggotty n'eut pas, auprès d'elle, plus de succès que moi; elle le remercia avec reconnaissance, mais sans changer de résolution.
«Je trouverai de l'ouvrage, dit-elle, j'essayerai.
— Acceptez au moins, en attendant, notre assistance, lui disais- je.