— Comme ça, monsieur, répondit en soupirant M. Micawber.
— Il ne faut pas se laisser abattre, dit M. Dick, bien au contraire; tâchez de vous égayer comme vous pourrez.»
Ces paroles amicales émurent vivement M. Micawber, et il serra la main de M. Dick entre les siennes.
«J'ai eu l'avantage de rencontrer quelquefois dans le panorama si varié de l'existence humaine une oasis sur mon chemin, mais jamais je n'en ai vu de si verdoyante ni de si rafraîchissante que celle qui s'offre à ma vue!»
À un autre moment j'aurais ri de cette image; mais nous nous sentions tous gênés et inquiets, et je suivais avec tant d'anxiété les incertitudes de M. Micawber, partagé entre le désir manifeste de nous faire une révélation et le contre-désir de ne rien révéler du tout, que j'en avais véritablement la fièvre. Traddles, assis sur le bord de sa chaise, les yeux écarquillés et les cheveux plus droits que jamais, regardait alternativement le plancher et M. Micawber, sans dire un seul mot. Ma tante, tout en cherchant avec beaucoup d'adresse à comprendre son nouvel hôte, gardait plus de présence d'esprit qu'aucun de nous, car elle causait avec lui et le forçait à causer, bon gré mal gré.
«Vous êtes un ancien ami de mon neveu, monsieur Micawber, dit ma tante; je regrette de ne pas avoir eu le plaisir de vous connaître plus tôt.
— Madame, dit M. Micawber, j'aurais été heureux de faire plus tôt votre connaissance. Je n'ai pas toujours été le misérable naufragé que vous pouvez contempler en ce moment.
— J'espère que mistress Micawber et toute votre famille se portent bien, monsieur?» dit ma tante.
M. Micawber salua. «Ils sont aussi bien, madame, reprit-il d'un ton désespéré, que peuvent l'être de malheureux proscrits.
— Eh bon Dieu! monsieur, s'écria ma tante, avec sa brusquerie habituelle, qu'est-ce que vous nous dites là?