«Ah! vous voilà, maître Davy; vous venez dire adieu à notre vieille maison, comme vous l'aviez promis. C'est un peu nu, n'est- ce pas?

— Vous n'avez pas perdu votre temps, lui dis-je.

— Oh non, monsieur, nous avons bien travaillé; mistress Gummidge a travaillé comme un… je ne sais vraiment pas comme quoi mistress Gummidge n'a pas travaillé, dit M. Peggotty en la regardant, sans avoir pu trouver de comparaison assez flatteuse.»

Mistress Gummidge, toujours appuyée sur son panier, ne fit aucune réflexion.

«Voilà le coffre sur lequel vous vous asseyiez jadis à côté d'Émilie, dit M. Peggotty à voix basse; je vais l'emporter avec moi. Et voilà votre ancienne chambre, maître David, elle est aussi nue qu'on peut le désirer.»

Le vent soufflait doucement, avec un gémissement solennel, qui enveloppait cette demeure à demi déserte d'une atmosphère pleine de tristesse. Tout était parti, jusqu'au petit miroir avec son cadre de nacre. Je pensai au temps où, pour la première fois, j'avais couché là, tandis qu'un si grand changement s'accomplissait dans la maison de ma mère. Je pensai à l'enfant aux yeux bleus qui m'avait charmé. Je pensai à Steerforth, et, tout d'un coup, je me sentis saisi d'une folle crainte qu'il ne fût près de là et qu'on ne pût le rencontrer au premier moment.

«Il se passera du temps avant que le bateau soit habité de nouveau, dit tout bas Peggotty. On le regarde ici à présent comme un lieu de malédiction.

— Appartient-il à quelqu'un du pays? demandai-je.

— À un constructeur de mâts de Yarmouth, dit M. Peggotty. Je compte lui remettre la clef ce soir.»

Nous entrâmes dans l'autre petite chambre, puis nous vînmes retrouver mistress Gummidge, qui était toujours assise sur le coffre. M. Peggotty posa la bougie sur la cheminée, et pria la bonne femme de se lever pour qu'il pût transporter le coffre dehors avant d'éteindre la bougie.