Mais M. Micawber restait debout devant la porte, une main appuyée sur la règle qu'il avait placée dans son gilet. On voyait bien, à ne pas s'y méprendre, qu'il avait l'oeil fixé sur un individu, et que cet individu, c'était son abominable patron.
«Qu'est-ce que vous attendez? dit Uriah. Micawber, n'avez-vous pas entendu que je vous ai dit de ne pas rester ici?
— Si, dit M. Micawber, toujours immobile.
— Alors, pourquoi restez-vous? dit Uriah.
— Parce que… parce que cela me convient, répondit M. Micawber, qui ne pouvait plus se contenir.»
Les joues d'Uriah perdirent toute leur couleur et se couvrirent d'une pâleur mortelle, faiblement illuminée par le rouge de ses paupières. Il regarda attentivement M. Micawber avec une figure toute haletante.
«Vous n'êtes qu'un pauvre sujet, tout le monde le sait bien, dit- il en s'efforçant de sourire, et j'ai peur que vous ne m'obligiez à me débarrasser de vous. Sortez! je vous parlerai tout à l'heure.
— S'il y a en ce monde un scélérat, dit M. Micawber, en éclatant tout à coup avec une véhémence inouïe, un coquin auquel je n'ai que trop parlé en ma vie, ce gredin-là se nomme… Heep!»
Uriah recula, comme s'il avait été piqué par un reptile venimeux. Il promena lentement ses regards sur nous, de l'air le plus sombre et le plus méchant; puis il dit à voix basse:
«Ah! ah! c'est un complot! Vous vous êtes donné rendez-vous ici; vous voulez vous entendre avec mon commis, Copperfield, à ce qu'il paraît! Mais prenez garde. Vous ne réussirez pas; nous nous connaissons, vous et moi: nous ne nous aimons guère. Depuis votre première visite ici, vous avez toujours fait le chien hargneux, vous êtes jaloux de mon élévation, n'est-ce pas! mais je vous en avertis, pas de complots contre moi, ou les miens vaudront bien les vôtres. Micawber, sortez, j'ai deux mots à vous dire.