— Qu'en pense ma soeur?

— J'espère que non.

— Alors, je n'en ai plus le projet, Agnès.

— Puisque vous me consultez, Trotwood, je vous dirai que mon avis est que vous n'en devez rien faire, reprit-elle doucement. «Votre réputation croissante et vos succès vous encouragent à continuer; et lors même que je pourrais me passer de mon frère, continua-t- elle en fixant ses yeux sur moi, peut-être le temps, plus exigeant, réclame-t-il de vous une vie plus active.»

— Ce que je suis? c'est votre oeuvre, Agnès; c'est à vous d'en juger.

— Mon oeuvre, Trotwood?

— Oui, Agnès, mon amie! lui dis-je en me penchant vers elle, j'ai voulu vous dire, aujourd'hui, en vous revoyant, quelque chose qui n'a pas cessé d'être dans mon coeur depuis la mort de Dora. Vous rappelez-vous que vous êtes venue me trouver dans notre petit salon, et que vous m'avez montré le ciel, Agnès?

— Oh, Trotwood! reprit-elle, les yeux pleins de larmes. Elle était si aimante, si naïve, si jeune! Pourrais-je jamais l'oublier?

— Telle que vous m'êtes apparue alors, ma soeur, telle vous avez toujours été pour moi. Je me le suis dit bien des fois depuis ce jour. Vous m'avez toujours montré le ciel, Agnès; vous m'avez toujours conduit vers un but meilleur; vous m'avez toujours guidé vers un monde plus élevé.»

Elle secoua la tête en silence; à travers ses larmes, je revis encore le doux et triste sourire.