«Trotwood, vous serez bien aise d'apprendre que, quand je n'aurai rien de mieux à faire, j'achèverai le Mémoire, et que votre tante est la femme la plus remarquable du monde, monsieur!»
Quelle est cette femme qui marche, courbée, en s'appuyant sur une canne? Je reconnais sur son visage les traces d'une beauté fière qui n'est plus, quoiqu'elle cherche à lutter encore contre l'affaiblissement de son intelligence grondeuse, imbécile, égarée? Elle est dans un jardin; près d'elle se tient une femme rude, sombre, flétrie, avec une cicatrice à la lèvre. Écoutons ce qu'elles se disent.
«Rose, j'ai oublié le nom de ce monsieur.»
Rose se penche vers elle et lui annonce M. Copperfield.
«Je suis bien aise de vous voir, monsieur. Je suis fâchée de remarquer que vous êtes en deuil. J'espère que le temps vous apportera quelque soulagement!»
La personne qui l'accompagne la gronde de ses distractions:
«Il n'est pas du tout en deuil; regardez plutôt,» et elle essaye de la tirer de ses rêveries.
«Vous avez vu mon fils, monsieur, dit la vieille dame. Êtes-vous réconciliés?»
Puis, me regardant fixement, elle porte, en gémissant, la main à son front. Tout à coup elle s'écrie, d'une voix terrible: «Rosa, venez ici. Il est mort!» Et Rosa, à genoux devant elle, lui prodigue tour à tour ses caresses et ses reproches; ou bien elle s'écrie dans son amertume: «Je l'aimais plus que vous ne l'avez jamais aimé;» ou bien elle s'efforce de l'endormir sur son sein, comme un enfant malade. C'est ainsi que je les quitte; c'est ainsi que je les retrouve toujours; c'est ainsi que, d'année en année, leur vie s'écoule.
Mais voici un vaisseau qui revient des Indes. Quelle est cette dame anglaise, mariée à un vieux Crésus écossais, à l'air rechigné et aux oreilles pendantes? Serait-ce par hasard Julia Mills?