— Certainement non, répondis-je d'avance.

— Alors, dit Traddles en s'adressant à Peggotty, si vous aviez la bonté de vous procurer le pot à fleurs tout de suite, il me semble que j'aimerais à l'emporter moi-même, parce qu'il est à Sophie, Copperfield.»

Peggotty alla chercher le pot à fleurs de très-bon coeur; il l'accabla de remercîments, et nous le vîmes remonter Tottenham- Court-Road avec le pot à fleurs serré tendrement dans ses bras, d'un air de jubilation que je n'ai jamais vu à personne.

Nous reprîmes ensuite le chemin de chez moi. Comme les magasins possédaient pour Peggotty des charmes que je ne leur ai jamais vu exercer sur personne au même degré, je marchais lentement, en m'amusant à la voir regarder les étalages, et en l'attendant toutes les fois qu'il lui convenait de s'y arrêter. Nous fûmes donc assez longtemps avant d'arriver aux Adelphi.

En montant l'escalier, je lui fis remarquer que les embûches de mistress Crupp avaient soudainement disparu, et qu'en outre on distinguait des traces récentes de pas. Nous fûmes tous deux fort surpris, en montant toujours, de voir ouverte la première porte que j'avais fermée en sortant, et d'entendre des voix chez moi.

Nous nous regardâmes avec étonnement sans savoir que penser, et nous entrâmes dans le salon. Quelle fut ma surprise d'y trouver les gens du monde que j'attendais le moins, ma tante et M. Dick! Ma tante était assise sur une quantité de malles, la cage de ses oiseaux devant elle, et son chat sur ses genoux, comme un Robinson Crusoé féminin, buvant une tasse de thé! M. Dick s'appuyait d'un air pensif sur un grand cerf-volant pareil à ceux que nous avions souvent enlevés ensemble, et il était entouré d'une autre cargaison de caisses!

«Ma chère tante! m'écriai-je; quel plaisir inattendu!»

Nous nous embrassâmes tendrement; je donnai une cordiale poignée de main à M. Dick, et mistress Crupp, qui était occupée à faire le thé et à nous prodiguer ses attentions, dit vivement qu'elle savait bien d'avance quelle serait la joie de M. Copperfield en voyant ses chers parents.

«Allons, allons! dit ma tante à Peggotty qui frémissait en sa terrible présence, comment vous portez-vous?

— Vous vous souvenez de ma tante, Peggotty? lui dis-je.