— Mais en êtes-vous bien sûr?
— Je le crois, ma tante.
— Alors, mon cher enfant, me dit-elle en me regardant fixement, savez-vous pourquoi je tiens tant à rester assise ce soir sur mes bagages?»
Je secouai la tête comme un homme qui jette sa langue aux chiens.
«Parce que c'est tout ce qui me reste, dit ma tante; parce que je suis ruinée, mon enfant!»
Si la maison était tombée dans la rivière avec nous dedans, je crois que le coup n'eût pas été, pour moi, plus violent.
«Dick le sait, dit ma tante en me posant tranquillement la main sur l'épaule; je suis ruinée, mon cher Trot. Tout ce qui me reste dans le monde est ici, excepté ma petite maison, que j'ai laissé à Jeannette le soin de louer. Barkis, il faudrait un lit à ce monsieur, pour la nuit. Afin d'éviter la dépense, peut-être pourriez-vous arranger ici quelque chose pour moi, n'importe quoi. C'est pour cette nuit seulement; nous parlerons de ceci plus au long.»
Je fus tiré de mon étonnement et du chagrin que j'éprouvais pour elle… pour elle, j'en suis certain, en la voyant tomber dans mes bras, s'écriant qu'elle n'en était fâchée qu'à cause de moi; mais une minute lui suffit pour dompter son émotion, et elle me dit d'un air plutôt triomphant qu'abattu:
«Il faut supporter bravement les revers, sans nous laisser effrayer, mon enfant; il faut soutenir son rôle jusqu'au bout, il faut braver le malheur jusqu'à la fin, Trot.»