— Parce que vous et moi, ce n'est pas la même chose, repartis-je.
— Allons donc, Trot, quelle folie!» répliqua-t-elle.
Ma tante continua avec une satisfaction tranquille, qui ne laissait percer aucune affectation, je vous assure, à boire son ale chaude, par petites cuillerées, en y trempant ses rôties.
«Trot, dit-elle, je n'aime pas beaucoup les nouveaux visages, en général; mais votre Barkis ne me déplaît pas, savez-vous?
— On m'aurait donné deux mille francs, ma tante, qu'on ne m'aurait pas fait tant de plaisir; je suis heureux de vous voir l'apprécier.
— C'est un monde bien extraordinaire que celui où nous vivons, reprit ma tante en se frottant le nez; je ne puis m'expliquer où cette femme est allée chercher un nom pareil. Je vous demande un peu, s'il n'était pas cent fois plus facile de naître une Jakson, ou une Robertson, ou n'importe quoi du même genre.
— Peut-être est-elle de votre avis, ma tante; mais enfin ce n'est pas sa faute.
— Je pense que non, repartit ma tante, un peu contrariée d'être
obligée d'en convenir; mais ce n'en est pas moins désespérant.
Enfin, à présent elle s'appelle Barkis, c'est une consolation.
Barkis vous aime de tout son coeur, Trot.
— Il n'y a rien au monde qu'elle ne fût prête à faire pour m'en donner la preuve.
— Rien, c'est vrai, je le crois, dit ma tante; croiriez-vous que la pauvre folle était là, tout à l'heure, à me demander, à mains jointes, d'accepter une partie de son argent, parce qu'elle en a trop? Voyez un peu l'idiote!»