— Oui, oui, mais je ne veux plus entendre parler de croûtes de pain, et il faut à Jip tous les jours sa côtelette de mouton à midi, sans quoi il mourra!»
J'étais sous le charme séduisant de ses manières enfantines. Je lui expliquai tendrement que Jip aurait sa côtelette de mouton avec toute la régularité accoutumée. Je lui dépeignis notre vie modeste, indépendante, grâce à mon travail; je lui parlai de la petite maison que j'avais vue à Highgate, avec la chambre au premier pour ma tante.
«Suis-je encore bien effrayant, Dora? lui dis-je avec tendresse.
— Oh non, non! s'écria Dora. Mais j'espère que votre tante restera souvent dans sa chambre, et puis aussi que ce n'est pas une vieille grognon.»
S'il m'eût été possible d'aimer Dora davantage, à coup sûr je l'eusse fait alors. Mais pourtant je sentais qu'elle n'était pas bonne à grand'chose dans le cas présent. Ma nouvelle ardeur se refroidissait en voyant qu'il était si difficile de la lui communiquer. Je fis un nouvel effort. Quand elle fut tout à fait remise et qu'elle eut pris Jip sur ses genoux pour rouler ses oreilles autour de ses doigts, je repris ma gravité:
«Ma bien-aimée, puis-je vous dire un mot?
— Oh! je vous en prie, ne parlons pas de la vie pratique, me dit- elle d'un ton caressant; si vous saviez comme cela me fait peur!
— Mais, ma chérie, il n'y a pas de quoi vous effrayer dans tout ceci. Je voudrais vous faire envisager la chose autrement. Je voudrais, au contraire, que cela vous inspirât du nerf et du courage.
— Oh! mais c'est précisément ce qui me fait peur, cria Dora.
— Non, ma chérie. Avec de la persévérance et de la force de caractère, on supporte des choses bien plus pénibles.