Enfin le sentier devint plus clair; la marche, plus libre; ils atteignirent la limite du bois et se trouvèrent sur une grande route. Ils la suivirent quelque temps et entrèrent bientôt dans une ruelle ombragée par deux rangées d'arbres si serrés et si touffus que leurs cimes se rejoignaient en berceau et formaient une arcade au-dessus de l'étroit sentier. Un poteau mutilé indiquait que cette ruelle menait à un village situé à trois milles, et ce fut là que les voyageurs résolurent de diriger leurs pas.

Le trajet leur parut si long qu'ils crurent parfois s'être égarés. Mais enfin, à leur grande joie, le chemin aboutit à une descente rapide avec une double chaussée sur laquelle étaient pratiqués des trottoirs; et les maisons du village leur apparurent groupées et étagées du fond de leur ceinture boisée.

C'était un lieu modeste. Les hommes et les enfants s'amusaient à jouer au cricket[10] sur le gazon. Les regards s'attachèrent sur Nelly et le vieillard qui erraient en se demandant où ils chercheraient un humble asile. Dans un petit jardin, devant sa chaumière, se trouvait tout seul un homme âgé. Les voyageurs éprouvaient un certain embarras à l'aborder, car c'était le maître d'école, et au-dessus de sa fenêtre le mot École était tracé en lettres noires sur un écriteau blanc. C'était un homme pâle, d'un extérieur simple; il portait un habit usé et étriqué, et se tenait assis parmi ses fleurs et ses ruches, fumant sa pipe, sous le petit portique devant sa porte. «Parle-lui, ma chère, dit tout bas le vieillard.

— J'ai peur de le déranger, dit timidement l'enfant: il n'a pas l'air de nous apercevoir. Peut-être, si nous attendons un peu, regardera-t-il de notre côté.»

Ils attendirent, mais le maître d'école ne regardait pas de leur côté et restait sous son petit portique, pensif et silencieux. Il paraissait bon. Son habillement, tout noir, faisait ressortir encore son teint pâle et sa maigreur. Ils trouvèrent aussi à sa personne, à sa maison, un air de solitude et d'isolement qui venait peut-être de ce que les autres étaient réunis sur la pelouse à se donner du plaisir. Il n'y avait que lui qui fût resté seul dans tout le village.

Cependant le vieillard et sa compagne étaient bien las. Nelly se serait peut-être senti le courage de s'adresser même à un maître d'école; mais elle hésitait, parce que la physionomie de cet homme révélait la tristesse ou le malheur.

Tandis qu'ils étaient là, incertains, à peu de distance, ils le virent de temps en temps demeurer plongé chaque fois dans une sombre méditation, puis poser sa pipe de côté et faire deux ou trois tours dans son jardin; s'approcher ensuite de la porte et regarder du côté de la pelouse, puis reprendre sa pipe en soupirant et s'asseoir de nouveau dans la même attitude pensive.

Comme aucune autre personne ne paraissait et que la nuit commençait à tomber, Nelly s'arma enfin de résolution; et lorsque le maître d'école eut repris sa pipe et son siège, elle s'aventura à s'approcher en tenant son grand-père par la main. Le bruit qu'ils firent en levant le loquet de la porte, attira l'attention du maître d'école. Il les considéra avec bienveillance, mais cependant comme un homme désappointé, et agita doucement la tête.

Nelly fit une révérence et lui dit qu'ils étaient de pauvres voyageurs qui cherchaient pour la nuit un abri qu'ils payeraient volontiers, selon leurs faibles moyens. Le maître d'école la regarda avec attention pendant qu'elle parlait; il mit sa pipe de côté et se leva aussitôt.

«Si vous pouviez nous indiquer un endroit, dit l'enfant, nous vous en serions bien reconnaissants.