— Je l'espère!» répéta le nain.
Et s'approchant plus près encore:
«Voisin, je voudrais bien savoir où vous mettez tout cet argent; mais vous êtes un homme profond, et vous gardez bien votre secret.
— Mon secret!… dit l'autre avec un regard plein de trouble. Oui, vous avez raison, je… je garde bien mon secret, je le garde bien.»
Sans rien ajouter, il prit l'argent et s'en alla d'un pas lourd et incertain, portant la main à son visage comme un homme contrarié et abattu. Le nain le suivit de ses yeux pénétrants, tandis que le vieillard passait dans le petit salon et plaçait la somme dans un coffre-fort en fer, près de la cheminée. Après avoir rêvé quelques instants, il se disposa à prendre congé du bonhomme en disant que, s'il ne faisait diligence, il trouverait certainement à son retour Mme Quilp en pleine crise nerveuse.
«Ainsi, voisin, dit-il, je vais regagner mon logis en vous chargeant de mes amitiés pour Nelly; j'espère qu'à l'avenir elle ne se perdra plus en route, quoique sa mésaventure m'ait valu un honneur sur lequel je ne comptais pas.»
En parlant ainsi, il s'inclina, me regardant du coin de l'oeil; puis, après avoir jeté un regard intelligent qui semblait embrasser tous les objets d'alentour, quelle que fût leur petitesse ou leur peu de valeur, il partit.
Plusieurs fois j'avais essayé de m'en aller moi-même, mais le vieillard s'y était toujours opposé en me conjurant de rester. Comme il renouvelait sa prière au moment où enfin nous étions seuls, et revenait, avec mille remercîments, sur la circonstance à laquelle nous devions de nous connaître, je cédai volontiers à ses instances et m'assis avec l'air d'examiner quelques miniatures curieuses et un petit nombre d'anciennes médailles qu'il plaça devant moi. Il ne fallait pas, d'ailleurs, insister beaucoup pour me déterminer à rester, car il est certain que si ma curiosité avait été éveillée lors de ma première visite, elle n'avait pas diminué dans la seconde.
Nell ne tarda pas à venir nous rejoindre, et, posant sur la table quelque travail de couture, elle s'assit à côté du vieillard. Rien de charmant à voir comme les fleurs fraîches qu'elle avait mises dans la chambre, comme l'oiseau favori dont la petite cage était ombragée par un vert rameau, comme le souffle de fraîcheur et de jeunesse qui semblait frémir à travers cette vieille et triste maison, et voltiger autour de l'enfant! Il était curieux aussi, quoique moins agréable, de passer de la beauté et de la grâce de l'enfant, à la taille voûtée, au visage soucieux, à la physionomie fatiguée du vieillard. À mesure qu'il allait devenir, plus faible et plus abattu, qu'adviendrait-il de cette petite créature isolée? Et s'il mourait, le pauvre protecteur, quel serait le sort de la protégée?
Le vieillard, qui parut répondre exactement à mes pensées, posa sa main sur celle de Nelly et dit tout haut: