En même temps qu'il leur lança ce défi, le nain se mit à brandir son bâton; et dansant autour des combattants, marchant et sautant sur eux, avec une sorte de frénésie, il frappa tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, comme un enragé, visant toujours à la tête et assenant des coups tels qu'un sauvage seul en pouvait porter. Cet assaut terrible, sur lequel ils n'avaient pas compté, refroidit sensiblement l'ardeur des deux parties, qui se remirent sur pied et demandèrent quartier.
«Chiens que vous êtes! je vous mettrai en bouillie! dit Quilp, s'efforçant encore, mais en vain, d'approcher l'un ou l'autre, pour leur administrer le coup d'adieu. Je vous meurtrirai jusqu'à ce que votre peau soit couleur de cuivre! je vous casserai la face jusqu'à ce que vous n'ayez plus qu'un profil à vous deux! Vous verrez ça!
«Ah çà! laissez votre bâton, ou bien malheur à vous! Laissez votre bâton!» dit le commis, qui s'était jeté de côté et cherchait l'occasion de s'élancer sur le nain.
«Approchez-vous un peu, que je le laisse… tomber sur votre crâne! Un peu plus près, un peu plus près!…»
Le nain avait les yeux étincelants. Le jeune homme déclina l'invitation; mais, quand il crut voir que son maître était moins sur ses gardes, il s'élança, et, saisissant l'arme, il tâcha de l'arracher des mains de Quilp. Celui-ci, qui était fort comme un lion, tint bon tandis que l'autre tirait de toutes ses forces; alors Quilp lâcha tout à coup le bâton, et son adversaire, privé de ce point d'appui, alla en vacillant tomber en arrière sur la tête. Le succès de cette manoeuvre flatta M. Quilp au delà de toute expression: il se mit à rire et à trépigner des pieds avec une gaieté folle.
«C'est égal, dit le jeune garçon, secouant et frottant à la fois sa tête; allez voir si jamais je me battrai contre ceux qui diront que vous êtes le nain le plus laid qu'on puisse montrer pour un penny!
— Comment! chien, voulez-vous dire que je ne le suis pas?
— Non!
— Alors pourquoi vous battiez-vous sur mon domaine, drôle que vous êtes?
— Parce qu'il s'est permis de dire cela, mais ce n'est pas parce que ça n'est pas vrai.