Ainsi se termina ce terrible dialogue d'où les deux interlocuteurs se retirèrent fronçant également le sourcil. M. Cheggs s'empressa d'offrir la main à miss Sophie, tandis que M. Swiveller s'asseyait tout morose dans un coin.
Tout près de là étaient assises mistress Wackles et miss Mélissa occupées à regarder la danse. Miss Cheggs s'avança vers elles pendant que son cavalier était engagé dans un pas, et jeta quelques remarques qui furent du fiel et de l'absinthe pour le coeur de Richard Swiveller. Sur une couple de mauvais tabourets se tenaient tant bien que mal deux des élèves de l'externat, cherchant un encouragement à leur gaieté dans les yeux de mistress et miss Wackles; or, en voyant mistress Wackles sourire et miss Wackles sourire aussi, les deux fillettes crurent devoir, pour se mettre dans leurs bonnes grâces, sourire également: pour reconnaître cette attention, la vieille dame prit un air sévère et leur dit que, si elles osaient se permettre encore pareille impertinence, elles seraient immédiatement reconduites chez elles. L'une des deux élèves, qui était d'une nature timide et d'un tempérament nerveux, ne put réprimer ses larmes devant cette menace rigoureuse; et pour cette offense toutes deux furent aussitôt renvoyées, ce qui porta la terreur dans l'âme de toutes les élèves.
Cependant miss Cheggs dit en s'approchant davantage: «J'ai de bonnes nouvelles à vous apprendre. Vous savez ce qu'Alick a dit à Sophie? Sur ma parole, la chose est sérieuse, c'est clair.
— Qu'est-ce qu'il a donc dit, ma chère? demanda mistress Wackles.
— Toute sorte de choses; vous ne sauriez vous imaginer comme il a parlé franchement.»
Richard jugea qu'il n'était pas nécessaire pour lui d'en entendre plus long. Il profita d'un temps d'arrêt dans la danse, et du moment où M. Cheggs était venu faire sa cour à la vieille dame, et se dirigea la tête haute vers la porte, en affectant soigneusement la plus extrême insouciance lorsqu'il passa près de miss Jane Wackles, qui, dans toute la gloire de ses boucles de cheveux, faisait des frais de coquetterie, utile manière d'employer le temps faute de mieux, avec un vieux gentleman galant, locataire du parloir du rez-de-chaussée. Miss Sophie était assise près de la porte, encore émue et toute confuse des attentions marquées de M. Cheggs; Richard Swiveller s'arrêta un instant pour échanger quelques mots avec elle avant son départ.
«Mon navire est sur la côte et ma chaloupe est à la mer… Mais avant de franchir cette porte, il faut que je t'adresse mes adieux.»
Il accompagna ces paroles d'un regard mélancolique.
«Est-ce que vous partez? demanda miss Sophie se sentant troublée jusqu'au fond du coeur par le succès de sa ruse, mais affectant les dehors de l'indifférence.
— Si je pars!… répéta Richard avec amertume. Oui, je pars. Eh bien! après?…