«N'avez-vous pas trouvé ce matin un porte-crayon en argent, dites?
— J'en ai peu rencontré dans la rue, répondit M. Swiveller. J'en ai vu un cependant, un gros porte-crayon, d'air très-respectable; mais, comme il était en compagnie d'un vieux canif et d'un jeune cure-dent, avec lesquels il paraissait en conversation réglée, je me serais fait conscience de le déranger.
— Voyons! pas de bêtise, avez-vous notre porte-crayon? répliqua miss Brass sérieusement; oui ou non?
— Il faut donc que vous soyez enragée pour m'adresser sérieusement une pareille question? s'écria M. Swiveller. Est-ce que vous ne voyez pas que je ne fais que d'arriver?
— À la bonne heure; mais tout ce que je sais, dit-elle, c'est qu'on ne peut pas le retrouver, et qu'il a disparu, cette semaine un jour où je l'avais laissé sur ce pupitre.
— Holà! pensa Richard; j'espère que la marquise n'aura pas travaillé de ce côté.
— Il y avait aussi, dit miss Sally, un couteau de même modèle. Ces deux objets m'avaient été donnés par mon père, il y a bien des années, et tous deux ont disparu. N'avez-vous rien perdu vous- même?»
M Swiveller porta involontairement la main à sa veste pour s'assurer que c'était bien une veste et non un habit à basques; et, s'étant convaincu bien vite que ce vêtement, l'unique effet mobilier qu'il possédât dans Bevis-Marks, était en parfaite sûreté, il fit une réponse négative.
«C'est fort désagréable, Dick, reprit miss Brass en ouvrant sa boîte d'étain et se rafraîchissant avec une pincée de tabac; mais, entre nous, entre nous qui sommes des amis, car si Sammy venait à le savoir, ça n'en finirait pas, il y a aussi de l'argent de l'étude qu'on avait laissé traîner et qui a disparu de même. Pour ma part, j'ai perdu en trois fois trois écus.
— Vous n'y pensez pas! s'écria Richard. Prenez garde à ce que vous dites, mon vieux; car c'est chose sérieuse. Êtes-vous bien sûre de votre fait? N'y a-t-il pas quelque erreur?