— Vous avez oublié l'eau, monsieur, dit Brass, et… Excusez-moi, monsieur, mais c'est brûlant.»
Sans daigner répondre à cette observation autrement que par un fait pratique, M. Quilp approcha la casserole de ses lèvres et but résolument tout le spiritueux qui s'y trouvait contenu, une pinte environ, qui, à l'instant où il avait retiré le vase du feu, bouillonnait et sifflait avec force. Ayant absorbé ce joli petit stimulant et montré son poing à l'amiral, il ordonna à M. Brass de poursuivre.
«Mais d'abord, dit-il avec sa grimace habituelle, prenez vous-même une goutte, une légère goutte, une bonne goutte toute chaude.
— Volontiers, monsieur, dit Brass; s'il y avait dedans quelque chose comme une cuillerée d'eau, ça ne ferait pas de mal…
— Il n'y a rien de semblable ici! cria le nain. De l'eau pour les procureurs!… Du plomb fondu et du soufre, une bonne poix bouillante à faire des vésicatoires, et du goudron, voilà ce qu'il leur faut. N'est-ce pas, Brass? hein?
— Ah! ah! ah! dit en riant M. Brass. Dieu, que c'est brûlant! et cependant cela vous chatouille. On a beau faire, c'est un vrai plaisir, ma parole!
— Buvez cela, dit le nain qui pendant ce temps en avait fait chauffer encore un peu. Avalez-moi cela jusqu'à la lie, écorchez- vous le gosier et soyez heureux.»
L'infortuné Sampson prit quelques petites gorgées de la liqueur, qui aussitôt se répandit en larmes brûlantes, et sous cette forme coula des joues de Brass dans la cruche où il buvait, faisant passer au rouge cramoisi la couleur de son visage et de ses paupières et produisant un violent accès de toux, au milieu duquel on eût pu entendre encore la victime déclarer, avec la constance d'un martyr, que c'était «vraiment magnifique!»
Tandis que le procureur souffrait le martyre, le nain renoua la conversation.
«Qu'est-il donc devenu, votre locataire? demanda-t-il.