— Personne, monsieur, répondit Kit. Ah! mais si, pardon, il y a ma mère.
— Est-ce qu'ils la connaissent? dit le gentleman.
— S'ils la connaissent, monsieur! Elle allait et venait sans cesse chez eux. Ils étaient aussi bons pour elle que pour moi. Et tenez, monsieur, elle espérait toujours qu'ils reviendraient chez elle.
— Eh bien, alors, où diable est cette femme? dit avec impatience le gentleman en prenant son chapeau. Pourquoi n'est-elle pas ici? Pourquoi ne se trouve-t-elle jamais là où l'on a besoin d'elle?»
En un mot, le gentleman allait s'élancer hors de l'étude, déterminé à s'emparer de force de la mère de Kit, à la jeter dans une chaise de poste et à l'enlever, quand M. Abel et le notaire réussirent par leurs efforts réunis à conjurer ce nouveau mode d'enlèvement: ils l'arrêtèrent par la puissance de leurs raisonnements et lui démontrèrent qu'il était plus convenable de sonder Kit pour savoir de lui si sa mère consentirait volontiers à entreprendre si précipitamment ce voyage.
À ce sujet, Kit exprima quelques doutes, le gentleman s'abandonna à de violentes démonstrations, et le notaire ainsi que M. Abel prononcèrent à l'envi des discours pour l'apaiser. Le résultat de la conférence fut que Kit, après avoir pesé dans son esprit et examiné soigneusement la question, promit, au nom de sa mère, qu'à deux heures de là elle serait prête pour l'expédition projetée et s'engagea à l'amener chez le notaire tout équipée pour le voyage, avant même que le terme indiqué fut expiré.
Ayant pris cet engagement assez téméraire, car il n'était pas sûr de pouvoir le tenir, Kit ne perdit pas de temps pour sortir et aviser aux mesures d'où dépendait l'accomplissement immédiat de sa parole.
CHAPITRE IV.
Kit se fraya un chemin à travers la foule qui encombrait les rues, divisant ce courant de flots humains, s'engageant d'un pas rapide le long des trottoirs, passant au travers des allées et des ruelles, et ne s'arrêtant ni ne se détournant de sa route jusqu'à ce qu'il fût arrivé près de la boutique d'antiquités: là il fit une pause, moitié par habitude, moitié pour reprendre haleine.
C'était par une sombre soirée d'automne, et jamais ce lieu ne lui avait paru plus triste que dans l'ombre lugubre du crépuscule. Les fenêtres brisées, les châssis détraqués craquant dans leurs cadres, cette maison déserte qui formait une sorte d'interruption sinistre dans la lumière et le mouvement de la rue qu'elle coupait en deux longues lignes séparées, au milieu desquelles elle s'élevait froide, ténébreuse et vide, tout cela présentait un tableau de désolation qui traversait péniblement les rêves brillants que le jeune homme avait conçus pour les derniers habitants de cette maison; il ne voyait partout que désenchantement et malheur. Ah! qu'il eût aimé à voir un bon feu ronfler dans les cheminées glacées, des flambeaux illuminer les croisées, des figures aller et venir derrière les vitres, à entendre le bruit d'une conversation animée, quelque chose enfin qui fût à l'unisson des espérances nouvelles qu'il avait senties s'agiter dans son coeur! Il ne s'était pas attendu à trouver à la maison un aspect différent, car il savait bien que c'était impossible; mais ce spectacle de deuil tombant au milieu de ses pensées ardentes et de ses souhaits impatients, en arrêtait brusquement le cours pour y jeter une ombre pleine de deuil et de tristesse.