— Fort bien, répondit le gentleman. N'ayez aucune crainte, madame; on aura grand soin de vous. Où est la boîte avec les vêtements neufs et les nécessaires de voyage?
— La voici, dit le notaire. Christophe, mettez-la dans la voiture.
— C'est fini, monsieur, dit Kit, tout est prêt, monsieur.
— Alors partons,» dit le gentleman.
Là-dessus, il donna le bras à la mère de Kit, la fit monter dans la voiture aussi poliment que si c'était une grande dame, et prit place à côté d'elle.
Le marchepied est relevé, la portière se ferme avec bruit, les roues commencent à tourner, tandis que la mère de Kit, penchée et comme suspendue hors d'une des vitres, agitait un mouchoir de poche humide de ses larmes et jetait de loin mille recommandations pour le petit Jacob et le poupon, sans que personne pût en entendre un mot.
Kit était resté immobile au milieu de la rue; il les suivit du regard. Lui aussi il avait les larmes aux yeux, mais ces larmes n'étaient point causées par le départ dont il venait d'être témoin, elles coulaient à l'idée du retour qu'il prévoyait déjà.
«Ils se sont éloignés à pied, pensait-il, et personne n'était là pour leur parler, pour leur adresser un adieu amical: ils reviendront traînés par quatre chevaux, avec ce riche gentleman pour compagnon et pour ami, laissant derrière eux tous leurs soucis! Elle oubliera peut-être que c'est elle qui m'a appris à écrire…»
Je ne sais pas tout ce que Kit s'avisa de penser là-dessus, mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il y mit le temps: en effet, notre garçon resta à contempler les lignes brillantes des réverbères, bien après que la chaise de poste eut disparu; et quand il rentra enfin dans la maison, le notaire et M. Abel, qui étaient eux-mêmes restés sur le seuil de la porte jusqu'à ce que le bruit des roues se fut complètement éteint dans l'éloignement, s'étaient déjà demandé plusieurs fois avec étonnement quel motif pouvait le retenir encore.