— Pardon, il faut que je parte, dit le vieillard qui s'était levé et qui avait fait déjà deux ou trois pas à la hâte, lorsqu'il revint non moins précipitamment: «J'aurai l'argent, tout, jusqu'au dernier sou.
— À la bonne heure, c'est bien, ça! s'écria Isaac en sautant et le frappant sur l'épaule; j'estime en vous ce reste de jeune sang. Ah! ah! ah! Joe Jowl regrette presque de vous avoir donné des conseils. Comme nous allons rire à ses dépens! Ah! ah! ah!
— Il m'a promis ma revanche, vous savez, dit le vieillard montrant Jowl avec un mouvement violent de sa main ridée; vous savez, il m'a promis écu pour écu, jusqu'au fond de la bourse, qu'il y ait beaucoup ou qu'il y ait peu. Rappelez-vous ça.
— Je suis votre témoin, répondit Isaac, et j'aurai soin que tout s'exécute loyalement.
— J'ai engagé ma parole, dit Jowl avec une feinte répugnance, et je la tiendrai. Quand aura lieu cette joute? Je souhaite que ce soit le plus tôt possible. Sera-ce cette nuit?
— Il faut d'abord que j'aie l'argent, dit le vieillard; je l'aurai demain…
— Pourquoi pas cette nuit? dit Jowl en insistant.
— Il est tard; je serais obligé de trop me presser. Il faut agir avec prudence. Non, non, ce sera pour demain soir.
— Demain, soit! dit Jowl. Buvons une goutte de réconfort. Bonne chance au plus vaillant! Remplissez les verres.»
Le bohémien apporta trois gobelets d'étain qu'il remplit d'eau-de- vie jusqu'au bord. Le vieillard se détourna en se disant à lui- même quelques mots avant de boire. Celle qui l'écoutait entendit prononcer son propre nom, joint à des souhaits si fervents, qu'ils semblaient adressés au ciel comme une prière pleine d'angoisses.