— Permettez-nous d'attendre ici, dit Nell. La porte est ouverte. Nous nous asseyerons sous le porche de l'église jusqu'à ce que vous soyez de retour.
— C'est un excellent endroit,» dit le maître d'école en les y conduisant.
Il se débarrassa de sa valise, la plaça sur le banc de pierre et ajouta:
«Soyez sûrs que je reviendrai avec de bonnes nouvelles et que je ne serai pas longtemps absent.»
Là-dessus, l'heureux maître d'école tira une paire de gants tout battant neufs qu'il avait, durant le voyage, portés dans sa poche en un petit paquet, et il s'éloigna rapidement, plein d'ardeur et de vivacité.
Du porche où elle était restée, l'enfant le suivit des yeux jusqu'au moment où le feuillage l'eut dérobé à sa vue; et alors elle pénétra doucement dans le vieux cimetière, qui était si paisible et si grave, que le simple frôlement de la robe de Nelly sur les feuilles tombées qui jonchaient les allées et amortissaient le bruit des pas semblait une violation de son silence respectable. C'était un lieu antique et fait pour des histoires de revenants. Il y avait bien des siècles que l'église avait été construite; jadis elle dépendait d'un monastère y attenant; car des arcades en ruine, des restes de fenêtres ogivales et des fragments de murs noircis étaient encore debout, tandis que d'autres parties du vieux bâtiment qui avaient croulé, étaient maintenant confondues avec la terre du cimetière et recouvertes d'herbe comme si elles aussi réclamaient un tombeau et cherchaient à mêler leurs cendres à la poussière des hommes. Près de ces pierres tumulaires des années défuntes, au milieu de ces ruines, qu'on avait dans les derniers temps cherché à rendre habitables, on voyait deux petits corps de logis avec des croisées disjointes et des portes de chêne; ils étaient dans le plus mauvais état, vides et désolés.
C'est sur ces misérables débris que l'attention de l'enfant se fixa exclusivement. Elle ne savait pas elle-même pourquoi. L'église, les ruines, les tombes antiques avaient bien un droit au moins égal aux méditations d'une étrangère: mais du moment où ses yeux eurent d'abord aperçu ces maisons, Nelly ne vit plus autre chose. Même lorsqu'elle eut fait le tour de l'enceinte et que, revenue au porche, elle s'y assit pensive en attendant leur ami, même alors elle choisit une place d'où elle pût regarder encore les deux maisons, attirée en quelque sorte vers cet endroit par une fascination invincible.
CHAPITRE X.
Il faut maintenant nous élancer rapidement sur les traces de la mère de Kit et du gentleman, de peur qu'on n'adresse à cette histoire le reproche de manquer de suite et de laisser les personnages dans des situations douteuses et incertaines. La mère de Kit et le gentleman allaient grand train dans la chaise de poste à quatre chevaux, dont nous avons raconté le départ lorsqu'elle s'éloigna de la maison du notaire, ne tardant pas à laisser la ville derrière elle et à faire jaillir les étincelles du pavé de la grande route.
La bonne femme n'était pas médiocrement embarrassée de la nouveauté de sa situation. En outre, elle éprouvait certaines appréhensions maternelles à l'endroit du petit Jacob, ou du poupon, ou de tous deux peut-être. Elle craignait, par exemple, qu'ils ne tombassent dans le feu ou ne dégringolassent du haut de l'escalier, ou ne fussent pris entre les portes, ou qu'ils ne s'échauffassent la gorge en essayant de calmer leur soif au goulot des théières: ces préoccupations lui faisaient garder un silence pénible. Quand elle promenait ses regards à travers la glace sur les gardiens de barrière, les conducteurs d'omnibus et autres, elle éprouvait le sentiment de la dignité de sa nouvelle position, à peu près comme on voit dans les obsèques solennelles ces pleureurs qui, sans être autrement affligés de la perte du défunt, tout en saluant par la portière les gens de leur connaissance, se sentent en conscience obligés de conserver une gravité décente et un air d'indifférence pour tout ce qu'ils aperçoivent.