«Ainsi, dit Quilp, vous pensiez que j'étais mort et parti pour toujours? Vous croyiez être veuve, hein?… Ah! ah! ah! coquine que vous êtes!
— Vraiment, Quilp, répondit-elle, je suis très-fâchée…
— Qui en doute? s'écria le nain. Vous très-fâchée! Assurément vous l'êtes. Qui doute que vous soyez très-fâchée?
— Je ne suis pas fâchée que vous soyez revenu à la maison, vivant et bien portant; mais je suis fâchée d'avoir été amenée à concevoir l'idée de votre mort. Je me réjouis de vous voir, Quilp; vrai, je m'en réjouis.»
En réalité, mistress Quilp semblait beaucoup plus contente de revoir son mari qu'on n'eût pu s'y attendre, et elle lui témoigna pour son heureux retour un intérêt sur lequel, tout bien considéré, il n'eût pas dû compter. Cependant Quilp ne s'en montra pas autrement ému, si ce n'est qu'il venait lui faire claquer ses doigts tout près des yeux avec des grimaces de triomphe et de dérision.
«Comment avez-vous pu aller si loin sans me dire un mot ou me donner de vos nouvelles? demanda la pauvre petite femme en sanglotant. Comment avez-vous pu être si cruel, Quilp?
— Comment j'ai pu être si cruel, si cruel? s'écria le nain. Parce que c'était mon idée. C'est encore mon idée. Je serai cruel si cela me plaît. Je vais repartir.
— Oh! non.
— Si fait. Je vais repartir. Je sors d'ici à l'instant. Mon projet est de m'en aller vivre là où la fantaisie m'en prendra, à mon débarcadère, à mon comptoir, et de faire le garçon. Vous étiez veuve par anticipation… Goddam! eh bien! moi, je vais, à partir d'aujourd'hui, me faire célibataire.
— Vous ne parlez pas sérieusement, Quilp!… dit la jeune femme en pleurant.