Accablé, malgré les sommes prolongés qu'il avait faits, par les fatigues de ces jours derniers, le nain, ne perdit pas de temps pour se rendre à sa riante demeure, où bientôt il rêva dans son hamac.

Abandonnons-le à ses rêves, auxquels ne sont peut-être pas étrangères les douces figures que nous avons laissées sous le porche de la vieille église, et allons rejoindre nos voyageurs qui sont assis à regarder devant eux.

CHAPITRE XV.

Après un assez long temps, le maître d'école reparut à la petite porte du cimetière. Il accourait vers ses amis tenant à la main un trousseau de clefs rouillées que le mouvement de sa marche faisait tinter les unes contre les autres. La précipitation et le plaisir qu'il éprouvait l'avaient mis presque hors d'haleine lorsqu'il atteignit le porche: il ne put d'abord que montrer du doigt le vieux bâtiment que l'enfant avait contemplé avec tant d'attention.

«Vous voyez ces deux vieilles maisons? dit-il enfin.

— Oui, certainement, répondit Nell. Je n'ai guère regardé qu'elles pendant toute votre absence.

— Et sans doute vous les eussiez regardées plus curieusement encore si vous aviez deviné ce que j'ai à vous dire. L'une de ces maisons sera la mienne.»

Sans s'expliquer davantage ni laisser à l'enfant le loisir de répliquer, le maître d'école prit la main de Nelly, qu'il mena, le visage tout rayonnant de joie, jusqu'à l'endroit dont il lui avait parlé.

Ils s'arrêtèrent devant une porte basse et cintrée. Après avoir inutilement essayé plusieurs clefs, le maître d'école finit par en trouver une à laquelle céda l'épaisse serrure. La porte s'ouvrit, en criant sur ses gonds, et permit aux visiteurs d'entrer dans la maison.

La pièce dans laquelle ils pénétrèrent était une chambre voûtée, qui jadis avait été soigneusement décorée par d'habiles architectes, et qui conservait encore dans son beau plafond aux vives arêtes, aux riches broderies de pierre, des vestiges brillants de son ancienne splendeur. Le feuillage sculpté sur les murs et qui défiait l'oeuvre même de la nature, était demeuré à sa place comme pour dire combien de fois les feuilles des arbres avaient repoussé et s'étaient flétries, tandis que celles-là avaient bravé le temps sans éprouver de changement. Les figures à demi brisées qui supportaient l'entablement de la cheminée, bien que mutilées, laissaient voir encore ce qu'elles avaient été autrefois avant d'être cachées sous la couche de poussière qui les recouvrait, et s'élevaient tristement aux deux côtés du foyer vide, comme des créatures qui auraient survécu à leur génération et s'affligeraient de ne pouvoir mourir comme elle.