Tour à tour, le vieux bachelier promena son regard du grand-père à l'enfant, dont il prît tendrement la main. Il se leva.
«Vous serez plus heureux avec nous, dit-il; ou du moins nous ferons tout pour cela. Vous avez déjà fait bien des améliorations ici. Est-ce votre ouvrage, mon enfant?
— Oui, monsieur.
— Nous en ferons d'autres encore, qui ne vaudront certainement pas mieux, mais au moins avec plus de ressources. À présent, voyons, voyons un peu.»
Nell l'accompagna dans les autres petites chambres ainsi que dans le reste des deux maisons. Il fit la remarque qu'il manquait çà et là divers objets nécessaires et s'engagea à y pourvoir, grâce à une collection d'articles divers qu'il possédait chez lui, et ce devait être un magasin des plus variés et des plus hétérogènes. Tout cela arriva presque aussitôt: car une dizaine de minutes ne s'étaient pas écoulées, quand le petit gentleman qui venait de les quitter reparut chargé de vieilles planches, de morceaux de tapis, de couvertures et autres objets d'usage domestique; il était suivi d'un jeune homme qui portait un fardeau de même nature. On jeta le tout en un monceau sur le parquet; puis il fallut déployer une grande activité pour débrouiller, arranger, mettre en place les dons du vieux bachelier qui présidait au travail avec un plaisir extrême et y mettait la main lui-même avec une vivacité sans égale. Lorsqu'il ne resta plus rien à faire, il ordonna au jeune homme d'aller rassembler les enfants de l'école et de les amener devant leur nouveau maître, qui les passerait solennellement en revue.
«Une jolie collection d'élèves, mon cher Marton; vous serez content de les voir, dit-il, se tournant vers le maître d'école quand le jeune homme se fut éloigné. Mais je ne leur dis pas ce que je pense d'eux; cela gâterait tout.»
Le messager reparut bientôt à la tête d'une longue file de bambins, grands et petits, qui, reçus par le vieux bachelier à la porte de la maison, tombèrent dans une foule de convulsions de politesse, pour montrer leur civilité; tenant d'une main serrée leurs chapeaux et leurs bonnets réduits à leur plus simple expression et se livrant à toute sorte de saluts et de révérences: le vieux gentleman contemplait d'un oeil ravi ces démonstrations de respect auxquelles il donnait son approbation par de fréquents signes de tête et des sourires réitérés. La vérité est que le plaisir qu'il avait à les voir n'était pas aussi scrupuleusement dissimulé qu'il avait bien voulu le faire croire au maître d'école; il ne pouvait s'empêcher de le manifester par des remarques confidentielles et des chuchotements prononcés assez haut pour que chacun des élèves l'entendît parfaitement.
«Ce premier enfant, mon cher maître d'école, dit le vieux bachelier, c'est John Owen; un garçon plein de moyens, monsieur, une nature franche et honnête; mais c'est trop irréfléchi, trop joueur, trop léger. Cet enfant, mon cher monsieur, se romprait le cou pour s'amuser et priverait ainsi ses parents de leur principale consolation; et entre nous, regardez-le bien quand il fera le lévrier en jouant à la chasse au lièvre, vous verrez comme il franchit haies et fossés et comme il glisse adroitement tout du long jusqu'au bas de la petite carrière. Vous verrez, vous verrez! Vraiment c'est magnifique.»
John Owen, après cette admonition terrible dont il n'avait rien perdu, fit place à un autre enfant également présenté par le vieux bachelier.
«Maintenant, monsieur, dit-il, regardez celui-ci. Vous le voyez? Il se nomme Richard Evans. Il a une facilité surprenante pour apprendre; il est doué d'une bonne mémoire et d'une intelligence ouverte; en outre, il possède une belle voix et une oreille juste pour chanter les psaumes, et sous ce rapport, personne ne le vaut ici. Cependant, monsieur, cet enfant finira mal; il mourra sur l'échafaud, j'en ai peur; croiriez-vous qu'à l'église monsieur s'endort toujours pendant le sermon? et tenez! pour vous avouer toute la vérité, monsieur Marton, je faisais de même à son âge, et je suis bien certain que cela tenait à ma constitution et que je ne pouvais m'en empêcher.»