«Vous voyez, dit-il, il n'y a qu'une chambre. Il y en a bien une autre là-haut, mais depuis quelques années elle ne me sert pas, parce que l'escalier est devenu trop rude à monter. Toutefois, je pense bien que je la reprendrai l'été prochain.»
Nelly s'étonna qu'une tête grise comme cet homme, surtout exerçant une pareille profession, pût parler aussi à l'aise du temps à venir. Il s'aperçut que son regard se promenait sur les outils accrochés le long de la muraille, et il sourit.
«Je parie, dit-il, savoir ce que vous pensez.
— Eh bien?
— Vous pensez que je me sers de tous ces outils pour creuser les tombes.
— En effet, je m'étonnais de ce que vous aviez besoin d'en employer tant.
— Et vous aviez bien raison. C'est que, voyez-vous, je suis jardinier. Je bêche le terrain pour y planter des choses destinées à vivre et à croître. Il ne faut pas croire que mes oeuvres doivent toutes moisir et pourrir en terre. Voyez-vous au milieu cette bêche?
— Qui est si vieille, si ébréchée, si usée?… Oui.
— C'est la bêche du fossoyeur, et vous voyez qu'elle a du service. On se porte bien dans ce pays-ci, et cependant elle a fait joliment du travail. Si elle pouvait parler, cette bêche, elle vous parlerait de plus d'une besogne inattendue qu'elle et moi nous avons accomplie ensemble; mais j'oublie tout à présent, je n'ai plus qu'une pauvre mémoire. Ce n'est pas bien nouveau ce que je vous dis là, ajouta-t-il avec empressement; cela a toujours été et sera toujours.
— Voilà des fleurs et des arbustes pour témoigner de votre autre besogne, dit l'enfant.