«Mais, Joe....

—Oui, mon pauvre petit Pip.

—... Voilà près d'un an que je suis ton apprenti, et je n'ai pas encore remercié miss Havisham de ce qu'elle a fait pour moi. Je n'ai pas même été prendre de ses nouvelles, ou seulement témoigné que je me souvenais d'elle.

—C'est vrai, mon petit Pip, et à moins que tu ne lui offres une garniture complète de fers, ce qui, je le crains bien, ne serait pas un présent très bien choisi, vu l'absence totale de chevaux....

—Je ne veux pas parler de souvenirs de ce genre-là; je ne veux pas lui faire de présents.»

Mais Joe avait dans la tête l'idée d'un présent, et il ne voulait pas en démordre.

«Voyons, dit-il, si l'on te donnait un coup de main pour forger une chaîne toute neuve pour mettre à la porte de la rue? Ou bien encore une grosse ou deux de pitons à vis, dont on a toujours besoin dans un ménage? Ou quelque joli article de fantaisie, tel qu'une fourchette à rôties pour faire griller ses muffins, ou bien un gril, si elle veut manger un hareng saur ou quelque autre chose de semblable.

—Mais Joe, je ne parle pas du tout de présent, interrompis-je.

—Eh bien! continua Joe, en tenant bon comme si j'eusse insisté, à ta place, mon petit Pip, je ne ferais rien de tout cela, non en vérité, rien de tout cela! Car, qu'est-ce qu'elle ferait d'une chaîne de porte, quand elle en a une qui ne lui sert pas? Et les pitons sont sujets à s'abîmer.... Quant à la fourchette à rôties, elle se fait en laiton et ne nous ferait aucun honneur, et l'ouvrier le plus ordinaire se fait un gril, car un gril n'est qu'un gril, dit Joe en appuyant sur ces mots, comme s'il eût voulu m'arracher une illusion invétérée. Tu auras beau faire, mais un gril ne sera jamais qu'un gril, je te le répète, et tu ne pourras rien y changer.

—Mon cher Joe, dis-je en l'attrapant par son habit dans un mouvement de désespoir; je t'en prie, ne continue pas sur ce ton: je n'ai jamais pensé à faire à miss Havisham le moindre cadeau.