«Très bien, dit M. Jaggers; rappelez-vous ce que vous venez d'admettre, et n'essayez pas de revenir là-dessus tout à l'heure.
—Qui est-ce qui essaye de revenir sur quoi que ce soit? repartit Joe.
—Je ne dis pas qu'on essaye. Connaissez-vous certain proverbe?
—Oui, je connais les proverbes, dit Joe.
—Mettez-vous alors dans la tête qu'un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, et que quand on peut tenir, il ne faut pas lâcher. Mettez-vous bien cela dans la tête, n'est-ce pas? répéta M. Jaggers, en fermant les yeux et en faisant un signe de tête à Joe, comme s'il cherchait à se rappeler quelque chose qu'il oubliait. Maintenant, revenons à ce jeune homme et à la communication que j'ai à vous faire. Il a de grandes espérances.»
Joe et moi nous ouvrîmes la bouche et nous nous regardâmes l'un l'autre.
«Je suis chargé de lui apprendre, dit M. Jaggers en jetant son doigt de mon côté, qu'il doit prendre immédiatement possession d'une fort belle propriété; de plus, que c'est le désir du possesseur actuel de cette belle propriété qu'il sorte sans retard de ses habitudes actuelles et soit élevé en jeune homme comme il faut; en jeune homme qui a de grandes espérances.»
Mon rêve était éclos, les folles fantaisies de mon imagination étaient dépassées par la réalité, miss Havisham se chargeait de ma fortune sur une grande échelle.
«Maintenant, monsieur Pip, poursuivit l'homme de loi, c'est à vous que j'adresse ce qui me reste à dire. Primo, vous saurez que la personne qui m'a donné mes instructions exige que vous portiez toujours le nom de Pip. Vous n'avez nulle objection, je pense, à faire ce petit sacrifice à vos grandes espérances. Mais si vous voyez quelques objections, c'est maintenant qu'il faut les faire.»
Mon cœur battait si vite et les oreilles me tintaient si fort, que c'est à peine si je pus bégayer: