—Fier!... répétai-je avec une inflexion pleine de dédain.

—Oh! il y a bien des sortes de fierté, dit Biddy en me regardant en face et en secouant la tête. L'orgueil n'est pas toujours de la même espèce.

—Qu'est-ce que tu veux donc dire?

—Non, il n'est pas toujours de la même espèce, Joe est peut-être trop fier pour abandonner une situation qu'il est apte à remplir, et qu'il remplit parfaitement. À dire vrai, je pense que c'est comme cela, bien qu'il puisse paraître hardi de m'entendre parler ainsi, car tu dois le connaître beaucoup mieux que moi.

—Allons, Biddy, je ne m'attendais pas à cela de ta part, et j'en éprouve bien du chagrin.... Tu es envieuse et jalouse, Biddy, tu es vexée de mon changement de fortune, et tu ne peux le dissimuler.

—Si tu as le cœur de penser cela, repartit Biddy, dis-le, dis-le et redis-le, si tu as le cœur de le penser!

—Si tu as le cœur d'être ainsi, Biddy, dis-je avec un ton de supériorité, ne le rejette pas sur moi. Je suis vraiment fâché de voir... d'être témoin de pareils sentiments... c'est un des mauvais côtés de la nature humaine. J'avais l'intention de te prier de profiter de toutes les occasions que tu pourrais avoir, après mon départ, de rendre Joe plus convenable, mais après ce qui vient de se passer, je ne te demande plus rien. Je suis extrêmement peiné de te voir ainsi, Biddy, répétai-je, c'est... c'est un des vilains côtés de la nature humaine.

—Que tu me blâmes ou que tu m'approuves, repartit Biddy, tu peux compter que je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir, et, quelle que soit l'opinion que tu emportes de moi, elle n'altèrera en rien le souvenir que je garderai de toi. Cependant, un monsieur comme tu vas l'être ne devrait pas être injuste,» dit Biddy en détournant la tête.

Je redis encore une fois avec chaleur que c'était un des vilains côtés de la nature humaine. Je me trompais dans l'application de mon raisonnement, mais plus tard, les circonstances m'ont prouvé sa justesse, et je m'éloignai de Biddy, en continuant d'avancer dans la petite allée, et Biddy rentra dans la maison. Je sortis par la porte du jardin, et j'errai au hasard jusqu'à l'heure du souper, songeant combien il était étrange et malheureux que la seconde nuit de ma brillante fortune fût aussi solitaire et triste que la première.

Mais le matin éclaircit encore une fois ma vue et mes idées. J'étendis ma clémence sur Biddy, et nous abandonnâmes ce sujet. Ayant endossé mes meilleurs habits, je me rendis à la ville d'aussi bon matin que je pouvais espérer trouver les boutiques ouvertes, et je me présentai chez M. Trabb, le tailleur. Ce personnage était à déjeuner dans son arrière-boutique; il ne jugea pas à propos de venir à moi, mais il me fit venir à lui.