«Et surtout plus de vos farces, dit M. Trabb, ou vous vous en repentirez, mauvais garnement, tout le restant de vos jours.»
M. Trabb se pencha ensuite sur le numéro 4, et avec un ton confidentiel et respectueux tout à la fois, il me le recommanda comme un article d'été fort en vogue parmi la Nobility et la Gentry, article qu'il considérait comme un honneur de pouvoir livrer à ses compatriotes, si toutefois il lui était permis de se dire mon compatriote.
«M'apporterez-vous les numéros 5 et 8, vagabond! dit alors M. Trabb; apportez-les de suite, ou je vais vous jeter à la porte et les aller chercher moi-même!»
Avec l'assistance de M. Trabb, je choisis les étoffes nécessaires pour confectionner un habillement complet, et je rentrai dans l'arrière-boutique pour me faire prendre mesure; car, bien que M. Trabb eût déjà ma mesure, et qu'il s'en fût contenté jusque là, il me dit, en manière d'excuse, qu'elle ne pouvait plus convenir dans les circonstances actuelles, que c'était même de toute impossibilité. Ainsi donc, M. Trabb me mesura et calcula dans l'arrière-boutique comme si j'eusse été une propriété et lui le plus habile des géomètres; il se donna tant de peine, que j'emportai la conviction que la plus ample facture ne pourrait le dédommager suffisamment. Quand il eut fini et qu'il fut convenu qu'il enverrait le tout chez M. Pumblechook, le jeudi soir, il dit en tenant sa main sur la serrure de l'arrière-boutique:
«Je sais bien, monsieur, que les élégants de Londres ne peuvent en général protéger le commerce local; mais si vous vouliez venir me voir de temps en temps, en qualité de compatriote, je vous en serais on ne peut plus reconnaissant. Je vous souhaite le bonjour, monsieur, bien obligé!... La porte!»
Ce dernier mot était à l'adresse du garçon, qui ne se doutait pas le moins du monde de ce que cela signifiait; mais je le vis se troubler et défaillir pendant que son maître m'époussetait avec ses mains, tout en me reconduisant. Ma première expérience de l'immense pouvoir de l'argent fut qu'il avait moralement renversé le garçon du tailleur Trabb.
Après de mémorable événement, je me rendis chez le chapelier, chez le cordonnier et chez le bonnetier, tout en me disant que j'étais comme le chien de la mère Hubbart, dont l'équipement réclamait les soins de plusieurs genres de commerce. J'allai aussi au bureau de la diligence retenir ma place pour le samedi matin. Il n'était pas nécessaire d'expliquer partout qu'il m'était survenu une magnifique fortune, mais toutes les fois que je disais quelque chose à ce sujet, les boutiquiers cessaient aussitôt de regarder avec distraction par la fenêtre donnant sur la Grande-Rue, et concentraient sur moi toute leur attention. Quand j'eus commandé tout ce dont j'avais besoin, je me rendis chez Pumblechook, et en approchant de sa maison, je l'aperçus debout sur le pas de la porte.
Il m'attendait avec une grande impatience; il était sorti de grand matin dans sa chaise, et il était venu à la forge et avait appris la grande nouvelle: il avait préparé une collation dans la fameuse salle de Barnwell, et il avait ordonné à son garçon de se tenir sous les armes dans le corridor, lorsque ma personne sacrée passerait.
«Mon cher ami, dit M. Pumblechook en me prenant les deux mains, quand nous nous trouvâmes assis devant la collation, je vous félicite de votre bonne fortune; elle est on ne peut plus méritée... oui... bien... méritée!...»
Ceci venait à point, et je crus que c'était de sa part une manière convenable de s'exprimer.