—Je ne sais pas.
—Vous disiez tout à l'heure qu'Estelle n'était pas parente de miss Havisham, mais seulement adoptée par elle. Quand a-t-elle été adoptée?
Herbert leva les épaules.
«Il y a toujours eu une Estelle depuis que j'ai entendu parler de miss Havisham. Je ne sais rien de plus. Et maintenant, Haendel, dit-il en laissant là l'histoire, il y a entre nous une parfaite entente: vous savez tout ce que je sais sur miss Havisham.
—Et vous aussi, repartis-je, vous savez tout ce que je sais.
—Je le crois. Ainsi donc il ne peut y avoir entre vous et moi ni rivalité ni brouille, et quant à la condition attachée à votre fortune que vous ne devez pas chercher à savoir à qui vous la devez, vous pouvez compter que cette corde ne sera ni touchée ni même effleurée par moi, ni par aucun des miens.»
En vérité, il dit cela avec une telle délicatesse, que je sentis qu'il n'y aurait plus à revenir sur ce sujet, bien que je dusse rester sous le toit de son père pendant des années. Et pourtant il y avait dans ses paroles tant d'intention, que je sentis qu'il comprenait aussi parfaitement que je le comprenais moi-même, que miss Havisham était ma bienfaitrice.
Je n'avais pas songé tout d'abord qu'il avait amené la conversation sur ce sujet pour en finir une fois pour toutes et rendre notre position nette; mais après cet entretien nous fûmes si à l'aise et de si bonne humeur, que je m'aperçus alors que telle avait été son intention. Nous étions très gais et très accorts, et je lui demandai, tout en causant, ce qu'il faisait. Il me répondit:
«Je suis capitaliste assureur de navires.»
Je suppose qu'il vit mon regard errer autour de la chambre à la recherche de quelque chose qui rappelât la navigation ou le capital, car il ajouta: