—Et elle est d'une nature si aristocratique!...
—Oui, madame, dis-je encore dans le même but que la première fois.
—Que c'est dur, continua Mrs Coiler, de voir l'attention et le temps de ce cher M. Pocket détournés de cette chère Mrs Pocket!»
Tandis que j'accordais toute mon attention à mon couteau, à ma fourchette, à ma cuillère, à mes verres et aux autres instruments de destruction qui se trouvaient sous ma main, il se passa quelque chose, entre Mrs Pocket et Drummle, qui m'apprit que Drummle, dont le nom de baptême était Bentloy, était actuellement le plus proche héritier, moins un, d'un titre de baronnet, et plus tard, je sus que le livre que j'avais vu dans le jardin entre les mains de Mrs Pocket, était un traité de blason, et qu'elle connaissait la date exacte à laquelle son grand-papa aurait figuré dans le livre, s'il avait jamais dû y figurer. Drummle parlait peu; mais, dans ces rares moments de loquacité, il me fit l'effet d'une espèce de garçon boudeur; il parlait comme un des élus et reconnaissait Mrs Pocket comme femme et comme sœur. Excepté eux et Mrs Coiler, la pernicieuse voisine, personne ne prit le moindre intérêt à cette partie de la conversation, et il me sembla qu'elle était pénible pour Herbert. Elle promettait de durer encore longtemps, lorsque le groom vint annoncer un malheur domestique. En effet, la cuisinière avait manqué son rôti. À mon indicible surprise, je vis alors pour la première fois M. Pocket se livrer, pour soulager son esprit, à une démonstration qui me sembla fort extraordinaire, mais qui ne parut faire aucune impression sur les autres convives, et avec laquelle je me familiarisai bientôt comme tout le monde. Étant en train de découper, il posa sur la table son couteau et sa fourchette, passa ses deux mains dans ses cheveux en désordre et parut faire un violent effort pour se soulever avec leur aide. Après cela, voyant qu'il ne soulevait pas sa tête d'une ligne, il continua tranquillement ce qu'il était en train de faire.
Ensuite, Mrs Coiler changea de sujet et commença à me faire des compliments. Cela me plut pendant quelques instants; mais elle me flatta si brutalement, que le plaisir ne dura pas longtemps. Elle avait une manière serpentine de s'approcher de moi, lorsqu'elle prétendait s'intéresser sérieusement aux localités et aux amis que j'avais quittés, qui ressemblait à celle de la vipère à langue fourchue, et quand, par hasard, elle s'adressait à Startop, lequel lui parlait fort peu, ou à Drummle, qui lui parlait moins encore, je les enviais d'être à l'autre bout de la table.
Après dîner, on amena les enfants, et Mrs Coiler se livra aux commentaires les plus flatteurs, sur leurs yeux, leurs nez ou leurs jambes. C'était un moyen bien trouvé pour former leur esprit. Il y avait quatre petites filles et deux petits garçons, sans compter le baby, qui était l'un ou l'autre, et le prochain successeur du Baby, qui n'était encore ni l'un ni l'autre. Ils furent introduits par Flopson et Millers, comme si ces deux sous-officiers avaient été envoyés pour recruter des enfants, et avaient enrôlé ceux-ci. Mrs Pocket regardait ses jeunes bambins, qui auraient dû être nobles, comme si elle avait déjà eu le plaisir de les voir quelque part, mais ne sachant pas au juste ce qu'elle en voulait faire.
«Donnez-moi votre fourchette, madame, et prenez le Baby, dit Flopson. Ne le prenez pas de cette manière, ou vous allez lui mettre la tête sous la table.»
Ainsi prévenue, Mrs Pocket prit le Baby de l'autre sens, et lui mit la tête sur la table; ce qui fut annoncé, à tous ceux qui étaient présents, par une affreuse secousse.
«Mon Dieu! mon Dieu! rendez-le-moi, madame, dit Flopson, Miss Jane, venez danser devant le Baby, oh! venez! venez!»
Une des petites filles, une simple fourmi, qui semblait avoir prématurément pris sur elle de s'occuper des autres, quitta sa place près de moi et se mit à danser devant le Baby jusqu'à ce qu'il cessât de crier, et se mît à rire. Alors tous les enfants éclatèrent de rire, et M. Pocket, qui pendant tout le temps avait essayé à deux reprises différentes de se soulever par les cheveux, se prit à rire également, et nous rîmes tous, pour manifester notre grande satisfaction.