Lorsqu'il parut avec son bas en désordre (ce désordre exprimé, selon l'usage, par un pli très propre à la partie supérieure, pli que l'on obtient, je crois, à l'aide d'un fer à repasser), une discussion s'éleva dans la galerie, à propos de la pâleur de sa jambe, et le public demanda si elle était occasionnée par la peur que lui avait faite le fantôme. Lorsqu'il saisit le flageolet qui ressemblait énormément à une petite flûte dont on avait joué dans l'orchestre, et qu'on venait de mettre dehors, on lui demanda, à l'unanimité, le Rule Britannia. Quand il recommanda à l'accompagnateur de ne pas massacrer l'air, le mauvais plaisant dit:
«Et vous non plus, vous êtes bien plus mauvais que lui.»
Et j'éprouve de la peine à ajouter que des éclats de rire accueillirent M. Wopsle dans chacune de ces occasions.
Mais ses plus rudes épreuves furent dans le cimetière, qui avait l'apparence d'une forêt vierge, avec une sorte de petit vestiaire d'un côté, et une porte à tourniquet de l'autre. Quand M. Wopsle, en manteau noir, fut aperçu passant au tourniquet, on avertit amicalement le fossoyeur, en criant:
«Attention! voilà l'entrepreneur des pompes funèbres qui vient voir comment vous travaillez!»
Je crois qu'il est bien connu, que dans un pays constitutionnel, M. Wopsle ne pouvait décemment pas rendre le crâne après avoir moralisé dessus, sans s'essuyer les doigts avec une serviette blanche, qu'il tira de son sein; mais même cette action, innocente et indispensable, ne passa pas sans le commentaire:
«Garçon!...»
L'arrivée du corps pour l'enterrement, dans une grande boite noire, vide, avec le couvercle ouvert et retombant en dehors, fut le signal d'une joie générale, qui s'accrut encore par la découverte, parmi les porteurs, d'un individu, sujet à l'identification. La joie suivit M. Wopsle, dans sa lutte avec Laërte sur le bord de la tombe de l'orchestre et ne se ralentit pas jusqu'au moment où il renversa le Roi de dessus la table de cuisine et qu'il fut mort à force de se tenir les pieds en l'air.
Nous avions fait au commencement quelques timides efforts pour applaudir M. Wopsle, mais avec trop d'insuccès pour persister. Nous étions donc restés tranquilles, tout en souffrant pour lui, mais riant tout bas, néanmoins, de l'un à l'autre. Je riais tout le temps, malgré moi, tant cela était comique, et pourtant j'avais une espèce d'impression qu'il y avait quelque chose de positivement beau dans l'élocution de M. Wopsle: non pas que j'en aie peur à cause de mes anciennes relations, mais parce qu'elle était très lente, terrible, montante et descendante, et qu'elle ne ressemblait en aucune manière à la façon dont un homme, dans les circonstances naturelles de la vie ou de la mort, s'est jamais exprimé sur quoi que ce soit. Quand la tragédie fut finie, et qu'on eût rappelé et hué notre ami, je dis à Herbert:
«Partons sur-le-champ de peur de le rencontrer.»