—Pip... Pip... monsieur....

—Montre-nous où tu demeures, dit l'homme, montre-nous ta maison.»

J'indiquai du doigt notre village, qu'on apercevait parmi les aulnes et les peupliers, à un mille ou deux de l'église.

L'homme, après m'avoir examiné pendant quelques minutes, me retourna la tête en bas, les pieds en l'air et vida mes poches. Elles ne contenaient qu'un morceau de pain. Quand je revins à moi, il avait agi si brusquement, et j'avais été si effrayé, que je voyais tout sens dessus dessous, et que le clocher de l'église semblait être à mes pieds; quand je revins à moi, dis-je, j'étais assis sur une grosse pierre, où je tremblais pendant qu'il dévorait mon pain avec avidité.

«Mon jeune gaillard, dit l'homme, en se léchant les lèvres, tu as des joues bien grasses.»

Je crois qu'effectivement mes joues étaient grasses, bien que je fusse resté petit et faible pour mon âge.

«Du diable si je ne les mangerais pas! dit l'homme en faisant un signe de tête menaçant, je crois même que j'en ai quelque envie.»

J'exprimai l'espoir qu'il n'en ferait rien, et je me cramponnai plus solidement à la pierre sur laquelle il m'avait placé, autant pour m'y tenir en équilibre que pour m'empêcher de crier.

«Allons, dit l'homme, parle! où est ta mère?

—Là, monsieur!» répondis-je.