«Bien, dit le sergent. Nous les cernerons et nous les prendrons plus tôt qu'ils ne le pensent. Allons, forgeron, le Roi est prêt, l'êtes-vous?»
Joe avait ôté son habit, son gilet, sa cravate, et était passé dans la forge, où il avait revêtu son tablier de cuir. Un des soldats alluma le feu, un autre se mit au soufflet, et la forge ne tarda pas à ronfler. Alors Joe commença à battre sur l'enclume, et nous le regardions faire.
Non seulement l'intérêt de cette éminente poursuite absorbait l'attention générale, mais il excitait la générosité de ma sœur. Elle alla tirer au tonneau un pot de bière pour les soldats, et invita le sergent à prendre un verre d'eau-de-vie. Mais M. Pumblechook dit avec intention:
«Donnez-lui du vin, ma nièce, je réponds qu'il n'y a pas de goudron dedans.»
Le sergent le remercia en disant qu'il ne tenait pas essentiellement au goudron, et qu'il prendrait volontiers un verre de vin, si rien ne s'y opposait. Quand on le lui eût versé, il but à la santé de Sa Majesté, avec les compliments d'usage pour la solennité du jour, et vida son verre d'un seul trait.
«Pas mauvais, n'est-ce pas, sergent? dit M. Pumblechook.
—Je vais vous dire quelque chose, répondit le sergent, je soupçonne que ce vin-là sort de votre cave.»
M. Pumblechook se mit à rire d'une certaine manière, en disant:
«Ah!... ah!... et pourquoi cela?
—Parce que, reprit le sergent en lui frappant sur l'épaule, vous êtes un gaillard qui vous y connaissez.