—Mais en le conduisant n'importe où, pourrai-je l'empêcher de revenir?

—Mon bon Haendel, n'est-il pas évident qu'avec Newgate dans la rue voisine, il y a plus de chances ici que partout ailleurs à ce que vous lui fassiez adopter votre idée et le rendiez plus docile. Si l'on pouvait se servir de l'autre forçat ou de n'importe quel événement de sa vie pour trouver le prétexte de le faire partir....

—Là, encore! dis-je en m'arrêtant devant Herbert, et tenant en avant mes mains ouvertes, comme si elles contenaient le désespoir de la cause; je ne connais rien de sa vie, je suis devenu presque fou l'autre soir, lorsqu'étant assis, je l'ai vu devant moi, si lié à mon bonheur et à mon malheur, et pourtant je le connais à peine, si ce n'est pour être l'affreux misérable qui m'a terrifié pendant deux jours de mon enfance!»

Herbert se leva et passa son bras sous le mien; nous marchâmes lentement, de long en large, en paraissant étudier le tapis.

«Haendel! dit Herbert en s'arrêtant, vous êtes bien convaincu que vous ne pouvez plus accepter d'autres bienfaits de lui, n'est-ce pas?

—Parfaitement.... Assurément, vous le seriez aussi, si vous étiez à ma place.

—Et vous êtes convaincu que vous devez rompre avec lui?

—Herbert, pouvez-vous me le demander?

—Et vous avez et êtes obligé d'avoir assez de tendresse pour la vie qu'il a risquée pour vous, pour comprendre que vous devez l'empêcher, s'il est possible, de la risquer en pure perte.... Alors, vous devez le faire sortir d'Angleterre avant de bouger un doigt pour vous tirer vous-même d'embarras. Une fois cela fait, au nom du ciel! tâchez de vous tirer d'affaire, et nous verrons cela ensemble, mon cher et bon camarade.»

Ce fut une consolation de se serrer les mains là-dessus, et de marcher encore de long en large n'ayant que cela de fait.