—Ce sont vos amis? dit miss Havisham.
—Ils se sont faits mes amis, dis-je, quand ils supposaient que j'avais pris leur place et quand Sarah Pocket, miss Georgina et mistress Camille n'étaient pas mes amis, je pense.»
Le contraste de mes amis avec le reste de sa famille semblait, j'étais bien aise de le voir, les mettre bien avec elle. Elle me regarda avec des yeux perçants pendant un moment, puis elle dit avec calme:
«Que demandez-vous pour eux?
—Rien, dis-je, si ce n'est que vous ne les confondiez pas avec les autres. Il se peut qu'ils soient du même sang, mais, croyez-moi, ils ne sont pas de la même nature.»
Miss Havisham répéta, en continuant à me regarder avec avidité:
«Que demandez-vous pour eux?
—Je ne suis pas assez rusé, vous le voyez, répondis-je sentant bien que je rougissais un peu, pour pouvoir vous cacher, quand bien même je le désirerais, que j'ai quelque chose à vous demander, miss Havisham: si vous pouviez disposer de quelque argent pour rendre à mon ami Herbert un service pour le reste de ses jours... mais ce service, par sa nature, doit être rendu sans qu'il s'en doute, je vous dirai comment.
—Pourquoi faut-il que cela se fasse sans qu'il s'en doute? demanda-t-elle en appuyant sa main sur sa canne afin de me regarder plus attentivement.
—Parce que, dis-je, j'ai commencé moi-même à lui rendre service il y a plus de deux ans sans qu'il le sache, et que je ne veux pas être trahi. Par quelles raisons suis-je incapable de continuer? Je ne puis vous le dire. C'est une partie du secret d'un autre et non pas le mien.»