«Il me semble, dit Estelle avec un grand calme, qu'il y a des sentiments, des fantaisies, je ne sais pas comment les appeler, que je suis incapable de comprendre. Quand vous dites que vous m'aimez, je sais ce que vous voulez dire quant à la formation des mots, mais rien de plus. Vous ne dites rien à mon cœur... vous ne touchez rien là... Je m'inquiète peu de ce que vous pouvez dire... j'ai essayé de vous en avertir.... Dites, ne l'ai-je pas fait?

—Oui, répondis-je d'un ton lamentable.

—Oui, mais vous n'avez pas voulu vous tenir pour averti, car vous avez cru que je ne le pensais pas. Ne l'avez-vous pas cru?

—J'ai cru et espéré que vous ne le pensiez pas, vous si jeune, si peu éprouvée et si belle, Estelle. Assurément ce n'est pas dans la nature.

—C'est dans ma nature, répondit-elle; puis elle ajouta en appuyant sur les mots: C'est dans mon for intérieur. Je fais une grande différence entre vous et les autres en vous en disant autant. Je ne puis faire davantage.

—N'est-il pas vrai, dis-je, que Bentley Drummle est ici en ville et qu'il vous recherche?

—C'est parfaitement vrai, répondit-elle en parlant de lui avec l'indifférence du plus entier mépris.

—N'est-il pas vrai que vous l'encouragez, que vous sortez à cheval avec lui, et qu'il dîne avec vous aujourd'hui même?»

Elle parut un peu surprise de voir que je connaissais tous ces détails, mais elle répondit encore:

«C'est parfaitement vrai!