—Beaucoup mieux, dis-je; je vous comprends.
—J'ai appris là, par hasard, hier matin, dit Wemmick, qu'une certaine personne, qui n'est pas entièrement étrangère aux colonies et qui n'est pas non plus dénuée d'un certain avoir... je ne sais pas qui cela peut être réellement, nous ne nommerons pas cette personne....
—C'est inutile, dis-je.
—...avait fait quelques petits tours dans certaine partie du monde où vont bien des gens, pas toujours pour satisfaire leurs inclinations personnelles, et qui n'est pas tout à fait sans rapports avec les dépenses du gouvernement.»
En regardant sa figure je fis un véritable feu d'artifice de la saucisse du vieux, et cela apporta une grande distraction dans mon attention et dans celle de Wemmick. Je lui fis mes excuses.
«Cette personne disparaissant de cet endroit, et personne n'entendant plus parler d'elle dans les environs, dit Wemmick, on a formé des conjectures et soulevé des théories: j'ai aussi appris que vous aviez été surveillé dans votre appartement de la Cour du Jardin au Temple, et que vous pourriez l'être encore.
—Par qui? dis-je.
—Je ne voudrais pas entrer dans ces détails, dit Wemmick évasivement, cela pourrait empiéter sur ma responsabilité offi-cielle. J'ai appris cela comme j'ai appris bien d'autres choses curieuses en d'autres temps, dans le même lieu. Je ne vous dis pas cela sur des informations reçues, je l'ai entendu.»
Il me prit des mains la fourchette à rôtir et la saucisse tout en parlant, et disposa convenablement sur un petit plateau le déjeuner de son père. Avant de le lui servir, il entra dans sa chambre avec une serviette propre, qu'il attacha sous le menton du vieillard. Il le souleva, mit son bonnet de nuit de côté, et lui donna un air tout à fait crâne. Ensuite il plaça son déjeuner devant lui avec grand soin, et dit:
«C'est bien, n'est-ce pas, vieux père?»