Clara revint bientôt après, et Herbert m'accompagna en haut pour voir l'objet de nos soins. En passant devant la porte de M. Barley, nous l'entendîmes murmurer d'une voix enrouée, dans un ton qui s'élevait et s'abaissait comme le vent, le refrain suivant, dans lequel je substitue un bon souhait à quelque chose de tout à fait opposé.

«Oh! soyez tous bénis!... Voici le vieux Bill Barley... le vieux Bill Barley.... Soyez tous bénis... Voici le vieux Bill Barley à plat sur le dos, mordieu!... couché à plat sur le dos, comme une vieille limande blessée. Voici votre vieux Bill Barley.... Soyez tous bénis... oh! soyez tous bénis!...»

Herbert m'apprit que l'invisible Barley conversait avec lui-même jour et nuit, en manière de consolation, ayant souvent, quand il faisait jour, l'œil sur un télescope, qui était ajusté sur son lit, pour lui permettre de surveiller le fleuve.

Je trouvai Provis, confortablement installé dans ses deux petites chambres, en haut de la maison; elles étaient fraîches et bien aérées, et on y entendait beaucoup moins M. Barley qu'au-dessous. Il n'exprima nulle alarme, et parut n'en ressentir aucune qui valût la peine d'être mentionnée; mais je fus frappé de son adoucissement indéfinissable; je n'aurais pu dire alors comment ce changement s'était opéré, et dans la suite, quand je l'ai essayé, je n'ai jamais pu me rappeler comment cela avait pu se faire; mais c'était un fait certain.

Les réflexions que m'avait permis de faire un jour de repos avaient eu pour résultat ma détermination bien arrêtée de ne rien lui dire à l'égard de Compeyson; car d'après ce que je savais, son animosité contre cet homme pouvait le conduire à le chercher, et à précipiter ainsi sa propre perte. En conséquence, quand Herbert et moi fûmes assis avec lui devant le feu, je lui demandai avant tout s'il s'en rapportait au jugement et aux sources d'information de Wemmick.

«Ah! Ah! mon cher ami, répondit-il, avec un grave signe de tête, Jaggers le connaît.

—Alors j'ai causé avec Wemmick, dis-je, et je suis venu pour vous dire quelle prudence il m'a recommandée et quels conseils il m'a donnés.»

Je le fis exactement, avec la réserve que je viens de dire, et je lui appris comment Wemmick avait entendu dire à Newgate (était-ce des employés ou des prisonniers, je ne pouvais le dire) qu'il était sous le coup de soupçons, et que mon logement avait été surveillé, comment Wemmick avait recommandé qu'il restât caché pendant quelque temps, et que moi je restasse éloigné de lui, et ce que Wemmick avait dit à propos de son éloignement. J'ajoutai que, bien entendu, quand il serait temps, je partirais avec lui, ou que je le suivrais de près, selon ce qui paraîtrait plus prudent au jugement de Wemmick. Je ne touchai pas à ce qui devait suivre; car, en vérité, je n'étais pas du tout tranquille, et ce n'était pas très clair dans mon propre esprit, maintenant que je voyais Provis dans cette condition plus douce, et cependant dans un péril imminent, à cause de moi. Quant à changer ma manière de vivre, en augmentant mes dépenses, je lui demandai si dans les circonstances présentes, difficiles et peu viables, cela ne serait pas simplement ridicule, sinon pire.

Il ne put nier ceci et même il se montra très raisonnable. Son retour était une entreprise très aventureuse; il l'avait toujours considérée ainsi, disait-il. Il ne ferait rien pour la rendre désespérée et il avait peu à craindre pour sa sûreté avec de si bons soutiens.

Herbert, qui avait tenu les yeux fixés sur le feu en réfléchissant, dit alors: