—Pas le moins du monde, répondit Wemmick s'enhardissant de plus en plus, je crois que vous en êtes un autre.»
Ils échangèrent encore une fois leurs singuliers regards, chacun paraissant craindre que l'autre ne l'emportât sur lui.
«Vous avez un intérieur charmant?
—Puisque cela ne gêne pas les affaires, repartit Wemmick, qu'est-ce que cela vous fait? Maintenant que je vous regarde, monsieur, je ne serai pas étonné si un de ces jours vous cherchez à avoir un intérieur agréable quand vous serez fatigué du travail.»
M. Jaggers fit deux ou trois signes de tête rétrospectifs et poussa un soupir.
«Pip, dit-il, ne parlons plus de ces pauvres rêves, vous en savez sur ces sortes de choses plus que moi, car vous avez une expérience plus fraîche. Mais, à propos de cette autre affaire, je vais vous faire une supposition, mais faites attention que je n'admets rien.»
Il attendit que je déclarasse que je comprenais parfaitement qu'il avait expressément signifié qu'il n'admettait rien.
«Maintenant, Pip, dit M. Jaggers, supposez qu'une femme, dans des circonstances semblables à celles que vous avez mentionnées, ait tenu son enfant caché et ait été obligée de communiquer le fait à son conseil légal, sur l'observation faite par celui-ci, qu'il doit tout savoir pour régler la latitude de sa défense, tout, même ce qui concerne l'enfance; supposez qu'à la même époque le conseil ait eu mission de trouver un enfant qu'une dame riche et excentrique voulait adopter et élever....
—Je vous suis, monsieur.
—Supposez que le conseil vécût dans une atmosphère de mal et que tous les enfants qu'il voyait étaient destinés, en grand nombre, à une perte certaine.... Supposez qu'il voyait souvent des enfants jugés solennellement par une cour criminelle où il fallait les soulever pour qu'on les aperçût.... Supposez qu'il en vît habituellement un grand nombre emprisonnés, fouettés, transportés, négligés, repoussés, ayant toutes les qualités requises par le bourreau, et grandissant pour la potence... Supposez qu'il avait raison de regarder presque tous les enfants qu'il voyait dans sa vie d'affaires comme autant de frai qui devait éclore en poissons destinés à venir dans ses filets pour être poursuivis et défendus: parjures, orphelins, endiablés d'une manière ou d'une autre....