—Et moi aussi, reprit-il en me pinçant amicalement, je suis bien aise de le penser, mon petit Pip.... Un peu rousse et un peu osseuse, par-ci par là; mais qu'est-ce que cela me fait, à moi?»

J'observai, avec beaucoup de justesse, que si cela ne lui faisait rien à lui, à plus forte raison, cela ne devait rien faire aux autres.

«Certainement! fit Joe. Tu as raison, mon petit Pip! Quand je fis la connaissance de ta sœur, elle me dit comment elle t'élevait «à la main!» ce qui était très bon de sa part, comme disaient les autres, et moi-même je finis par dire comme eux. Quant à toi, ajouta Joe qui avait l'air de considérer quelque chose de très laid, si tu avais pu voir combien tu étais maigre et chétif, mon pauvre garçon, tu aurais conservé la plus triste opinion de toi-même!

—Ce que tu dis là n'est pas très consolant, mais ça ne fait rien, Joe.

—Mais ça me faisait quelque chose à moi, reprit-il avec tendresse et simplicité. Aussi, quand j'offris à ta sœur de devenir ma compagne; quand à l'église et d'autres fois, je la priais de m'accompagner à la forge, je lui dis: «Amenez le pauvre petit avec vous.... Que Dieu bénisse le pauvre cher petit, il y a place pour lui à la forge!»

J'éclatai en sanglots et saisis Joe par le cou, en lui demandant pardon. Il laissa tomber le poker pour m'embrasser, et me dit:

«Nous serons toujours les meilleurs amis du monde, mon petit Pip, n'est-ce pas?... Ne pleure pas, mon petit Pip...»

Après cette petite interruption, Joe reprit:

«Eh bien! tu vois, mon petit Pip, où nous en sommes; maintenant, en te tenant dans mes bras et sur mon cœur, je dois te prévenir que je suis affreusement triste, oui, tout ce qu'il y a de plus triste; mais il ne faut pas que Mrs Joe s'en doute. Il faut que cela reste un secret, si je puis m'exprimer ainsi. Et pourquoi un secret? Le pourquoi, je vais te le dire, mon petit Pip.»

Il avait repris le poker, sans lequel il semblait ne pouvoir mener à bonne fin sa démonstration.