Sur ces mots, l'imposteur leur serra la main à tous deux d'un air particulier et sortit de la maison, me laissant plus étonné qu'enchanté de cette chose indéfinie qu'il soutenait, à savoir, qu'il était juste, bon et bienveillant, qu'il avait tout fait et qu'il était disposé à tout faire encore. Bientôt après lui, je quittai aussi la maison, et quand je descendis la Grand'Rue, je le vis devant sa boutique haranguer, sans doute sur le même sujet, un groupe choisi qu'il m'honora de certains coups d'œil peu favorables, quand je passai de l'autre côté de la rue.
Mais il ne fut que plus agréable pour moi de me rendre près de Biddy et de Joe, dont j'entrevoyais la grande indulgence, qui brillerait plus éclatante que jamais, en opposition avec la rudesse de cet imposteur éhonté. Je me dirigeai donc vers eux lentement, car mes jambes étaient encore bien faibles, mais avec un sentiment de contentement toujours croissant, à mesure que je m'approchais d'eux, et j'avais la conviction que je laissais l'arrogance et le manque de franchise de plus en plus loin derrière moi.
La température de juin était délicieuse, le ciel était bleu, les alouettes planaient bien haut sur les blés verts; je trouvais ce pays bien plus beau que je ne l'avais encore trouvé. Bien des images agréables de la vie que j'aurais voulu y mener et l'idée du changement avantageux qui s'opérait dans mon caractère, quand j'aurais auprès de moi un guide dont je connaissais la foi naïve et la sagesse simple m'accompagnaient en chemin. Elles éveillaient en moi une douce émotion, car mon cœur était adouci par mon retour, et il était survenu de tels changements que j'étais comme quelqu'un qui reviendrait de lointains voyages et qui rentrerait nu-pieds dans ses foyers après avoir erré pendant plusieurs années.
La maison d'école où Biddy était maîtresse m'était inconnue: mais la petite ruelle détournée par laquelle j'entrai dans le village me fit passer devant. Je fus désappointé de trouver que c'était jour de congé: il n'y avait pas d'enfants, et la maison de Biddy était fermée. J'avais nourri l'espoir que je la verrais dans l'exercice de ses fonctions journalières avant qu'elle m'aperçût, et cet espoir était déçu.
Mais la forge n'était pas loin, et je m'y rendis en passant sous l'allée verte des beaux tilleuls, écoutant le bruit du marteau de Joe. Longtemps après que j'aurais dû l'entendre, et longtemps après que je m'étais imaginé l'entendre, je vis que ce n'était qu'une idée: tout était calme, les tilleuls étaient là comme autrefois, les aubépines et les châtaigniers y étaient aussi, et leurs fouilles faisaient entendre un harmonieux frémissement quand je m'arrêtais pour écouter; mais les coups de marteau de Joe ne se mêlaient pas à la brise de l'été. Effrayé sans savoir pourquoi d'arriver en vue de la forge, je la vis enfin, et je vis aussi qu'elle était fermée. Pas de réverbération de feu, pas de pluie d'étincelles, pas de ronflements des soufflets, tout était fermé et tranquille.
Mais la maison n'était pas déserte et le petit salon semblait être occupé, car ses rideaux voltigeaient à la fenêtre, qui était ouverte et égayée par les fleurs. Je m'en approchai sans bruit, avec l'intention de regarder par-dessus les fleurs, quand je vis Joe et Biddy devant moi, bras dessus bras dessous.
Biddy poussa d'abord un cri comme si elle pensait que c'était mon esprit; mais un moment après elle était dans mes bras. Je pleurais de la voir, et elle pleurait de me voir: moi parce qu'elle avait l'air si frais et charmant; elle parce que j'avais l'air si fatigué et si pâle.
«Chère Biddy, comme tu es contente!
—Oui, cher Pip.
—Et Joe, comme vous êtes heureux!