—Oui, il est mort!»

Elle murmura ces mots avec un regard étrange et en sourire de Parque, qui renfermait une espèce de vanité. Puis, ayant tenu ses mains sur son cœur pendant quelques moments, elle les ôta lentement, comme si elles eussent pressé trop fortement sa poitrine.

«Je suis fatiguée, dit miss Havisham; j'ai besoin de distraction... je suis lasse des hommes et des femmes.... Joue.»

Je pense que le lecteur le plus exigeant voudra bien convenir que, dans les circonstances présentes, il eût été difficile de me donner un ordre plus embarrassant à remplir.

«J'ai de singulières idées quelquefois, continua-t-elle, et j'ai aujourd'hui la fantaisie de voir quelqu'un jouer. Là! là!... fit-elle en agitant avec impatience les doigts de sa main droite; joue!... joue!... joue!...»

Un moment la crainte de voir venir ma sœur m'aider, comme elle l'avait promis, me donna l'idée de courir tout autour de la chambre, en galopant comme la jument de M. Pumblechook, mais je sentis mon incapacité de remplir convenablement ce rôle, et je n'en fis rien. Je continuai à regarder miss Havisham d'une façon qu'elle trouva sans doute peu aimable, car elle me dit:

«Es-tu donc maussade et obstiné?

—Non madame, je suis bien fâché de ne pouvoir jouer en ce moment. Oui, très fâché pour vous. Si vous vous plaignez de moi, j'aurai des désagréments avec ma sœur, et je jouerais, je vous l'assure, si je le pouvais, mais tout ici est si nouveau, si étrange, si beau... si triste!...»

Je m'arrêtai, craignant d'en dire trop, si ce n'était déjà fait, et nous nous regardâmes encore tous les deux.

Avant de me parler, elle jeta un coup d'œil sur les habits qu'elle portait, sur la table de toilette, et enfin sur elle-même dans la glace.