J'entendais aussi les souris qui couraient derrière les panneaux des boiseries, comme si elles eussent été sous le coup de quelque grand événement; mais les perce-oreilles n'y faisaient aucune attention, et s'avançaient en tâtonnant sur le plancher et en cherchant leur chemin, comme des personnes âgées et réfléchies, à la vue courte et à l'oreille dure, qui ne sont pas en bons termes les unes avec les autres.

Ces créatures rampantes avaient captivé toute mon attention, et je les examinais à distance, quand miss Havisham posa une de ses mains sur mon épaule; de l'autre main elle tenait une canne à bec de corbin sur laquelle elle s'appuyait, et elle me faisait l'effet de la sorcière du logis.

«C'est ici, dit-elle en indiquant la table du bout de sa canne; c'est ici que je serai exposée après ma mort.... C'est ici qu'on viendra me voir.»

J'éprouvais une crainte vague de la voir s'étendre sur la table et y mourir de suite, c'eût été la complète réalisation du cadavre en cire de la foire. Je tremblai à son contact.

«Que penses-tu de l'objet qui est au milieu de cette grande table... me demanda-t-elle en l'indiquant encore avec sa canne; là, où tu vois des toiles d'araignées?

—Je ne devine pas, madame.

—C'est un grand gâteau... un gâteau de noces... le mien!»

Elle regarda autour de la chambre, puis se penchant sur moi, sans ôter sa main de mon épaule:

«Viens!... viens!... viens! Promène-moi... promène-moi.»

Je jugeai d'après cela que l'ouvrage que j'avais à faire était de promener miss Havisham tout autour de la chambre. En conséquence, nous nous mîmes en mouvement d'un pas qui, certes, aurait pu passer pour une imitation de celui de la voiture de mon oncle Pumblechook.