«Attends une minute, dit-il, avant d'aller plus loin, il est bon que je te donne un motif pour combattre; le voici!»
Prenant aussitôt un air fort irrité, il se frotta les mains l'une contre l'autre, jeta délicatement un coup de pied derrière lui, me tira par les cheveux, se frotta les mains encore une fois, courba sa tête et s'élança dans cette position sur mon estomac.
Ce procédé de taureau, outre qu'il n'était pas soutenable, au point de vue de la liberté individuelle, était manifestement désagréable pour quelqu'un qui venait de manger. En conséquence, je me jetai sur lui une première fois, puis j'allais me précipiter une seconde, quand il dit:
«Ah!... ah!... vraiment!»
Et il commença à sauter en avant et en arrière, d'une façon tout à fait extraordinaire et sans exemple pour ma faible expérience.
«Ce sont les règles du jeu, dit-il en sautant de sa jambe gauche sur sa jambe droite; ce sont les règles reçues!»
Il retomba alors sur sa jambe gauche.
«Viens sur le terrain, et commençons les préliminaires!»
Il sautait à droite, à gauche, en avant, en arrière, et se livrait à toutes sortes de gambades, pendant que je le regardais dans le plus grand étonnement.
J'étais secrètement effrayé, en le voyant si adroit et si alerte; mais je sentais, moralement et physiquement, qu'il n'avait aucun droit à enfoncer sa tête dans mon estomac, aussi irrévérencieusement qu'il venait de le faire. Je le suivis donc, sans mot dire, dans un enfoncement retiré du jardin, formé par la jonction de deux murs, et protégé par quelques broussailles. Après m'avoir demandé si le terrain me convenait, et avoir obtenu un: Oui! fort crânement articulé par moi, il me demanda la permission de s'absenter un moment, et revint promptement avec une bouteille d'eau et une éponge imbibée de vinaigre.