Arrivé au coin de la rue qu'il habitait, il fouillait déjà dans sa poche pour en tirer la clef de sa maison, quand un individu sortit de dessous un auvent obscur, traversa la rue et se glissa jusqu'à lui sans être aperçu.
«Fagin! murmura une voix à son oreille.
- Ah! dit le juif en se retournant vivement, est-ce…
- Oui! interrompit brusquement l'étranger. Voilà deux heures que je suis là à me morfondre; où diable étiez-vous donc?
- À vos affaires, mon cher, répondit le juif en regardant son compagnon avec embarras, et en ralentissant le pas. À vos affaires, toute la soirée.
- Bah! vraiment! dit l'étranger avec ironie. Eh bien! quel résultat?
- Rien de bon, dit le juif.
- Rien de mauvais? j'espère,» dit l'étranger en s'arrêtant court, et en jetant sur son compagnon un regard inquiet.
Le juif secoua la tête et allait répondre, quand l'étranger, l'interrompant, se dirigea vers la maison devant laquelle ils étaient arrivés tout en causant, et lui fit observer qu'il valait mieux s'entretenir à couvert; qu'il était gelé d'avoir fait si longtemps le pied de grue, et que le vent lui coupait la figure.
Fagin semblait assez disposé à s'excuser de recevoir un visiteur à cette heure indue, et marmotta qu'il n'avait pas de feu; mais son compagnon réitéra sa demande d'une manière si péremptoire, que l'autre ouvrit la porte et pria l'étranger de la fermer doucement, tandis que lui-même allumerait une chandelle.