La nappe était mise pour le souper, et sur la table il y avait du pain, du beurre, des assiettes, des verres, un cruchon de porter et une bouteille de vin. Au bout de la table, M. Noé Claypole se prélassait mollement dans un fauteuil, les jambes pendantes sur un des bras de fauteuil, un couteau dans une main, une longue tartine de beurre dans l'autre. À côté de lui était Charlotte, occupée à ouvrir des huîtres que M. Claypole lui faisait l'amitié d'avaler avec un empressement remarquable. Son nez plus rouge qu'à l'ordinaire et un certain clignotement de l'oeil droit annonçaient qu'il était un peu lancé, et ce qui confirmait ces symptômes, c'était l'avidité avec laquelle il faisait disparaître les huîtres, dont il appréciait, sans nul doute, les propriétés rafraîchissantes, dans les cas d'inflammation interne.
«Tenez, Noé, dit Charlotte, en voici une belle, bien grasse.
Goûtez-moi ça… Encore celle-là pour finir.
- Quelle délicieuse chose qu'une huître! observa M. Claypole après l'avoir avalée; quel dommage qu'on ne puisse en manger beaucoup sans se faire mal! n'est-ce pas, Charlotte?
- C'est une vraie cruauté, dit Charlotte.
- C'est bien vrai, continua M. Claypole. Est-ce que vous n'aimez pas les huîtres?
- Pas beaucoup, répondit Charlotte. J'aime mieux vous voir les manger, cher Noé, que de les manger moi-même.
- Tiens! dit Noé après réflexion, c'est vraiment bizarre!
- Encore une, dit Charlotte; en voici une avec une barbe si belle et si délicate!
- Pas une seule de plus, dit Noé; c'est impossible et je le regrette bien. Venez ici, Charlotte, que je vous embrasse.
— Comment! dit M. Bumble en s'élançant dans la chambre. Répétez cela, monsieur.»