Il s'avança ainsi en chancelant, se frayant machinalement passage entre les barrières et les baies qui se trouvaient sur son chemin, et enfin il arriva à une route; là, la pluie commença à tomber si fort qu'il revint à lui.
Il regarda tout à l'entour et vit à peu de distance une maison, jusqu'à laquelle il pourrait peut-être se traîner. En voyant son état on aurait sans doute pitié de lui, et dans le cas contraire, mieux valait encore, pensait-il, mourir près d'un toit habité par des êtres humains, que dans la solitude des champs, à la belle étoile. Il réunit tout ce qui lui restait de force pour cette dernière tentative, et s'avança d'un pas incertain.
En approchant de cette maison, il lui sembla vaguement qu'il l'avait déjà vue; il ne se souvenait d'aucun détail, mais la forme et l'aspect de cette maison ne lui étaient pas inconnus.
Ce mur de jardin! sur la pelouse, de l'autre côté, il était tombé à genoux la nuit dernière, et avait imploré la merci des deux brigands; c'était bien là la maison qu'ils avaient essayé de dévaliser.
En reconnaissant où il était, Olivier éprouva une telle crainte, qu'il oublia, un instant les tortures que sa blessure lui faisait éprouver, et ne songea qu'à fuir. Fuir! il pouvait à peine se tenir debout; et quand même il aurait eu toute l'agilité de la jeunesse, où pouvait-il fuir? Il poussa la porte du jardin; elle n'était pas fermée à clef et roula sur ses gonds; il franchit péniblement la pelouse, gravit les marches du perron, frappa doucement à la porte, et les forces lui manquant tout à fait, il s'affaissa contre un des piliers de la porte d'entrée.
En ce moment, M, Giles, Brittles et le chaudronnier étaient dans la cuisine, et se remettaient des fatigues et des terreurs de la nuit avec du thé et des friandises; non qu'il fût dans les habitudes de M. Giles de laisser prendre trop de familiarité aux domestiques inférieurs, envers lesquels il était plutôt enclin à se comporter avec une bienveillance hautaine, de manière à ne pas leur laisser oublier la supériorité de sa position sociale; mais devant la mort, les incendies, les attaques à main armée, tous les hommes sont égaux. M. Giles était donc assis à la cuisine, les jambes croisées devant le feu, le bras gauche appuyé sur la table, tandis qu'il gesticulait du bras droit et faisait de l'attaque nocturne un récit détaillé et minutieux, que tous les auditeurs, et surtout la cuisinière et la femme de chambre, écoutaient avidement.
«Il était à peu près deux heures et demie, dit M. Giles, je ne jurerais pas pourtant qu'il ne fût pas plutôt près de trois heures quand je m'éveillai, et me tournant dans mon lit, comme ceci (ici M. Giles se retourna sur sa chaise en attirant à lui le bout de la nappe, pour simuler les draps), il me sembla que j'entendais un certain bruit.»
À cet endroit du récit, la cuisinière pâlit et demanda à la femme de chambre d'aller fermer la porte; la femme de chambre s'adressa à Brittles, et celui-ci au chaudronnier, qui fit semblant de ne pas entendre.
«Il me sembla que j'entendais un certain bruit, continua M. Giles. «C'est une illusion,» que je me dis d'abord, et j'allais me remettre à dormir quand j'entendis le bruit recommencer, et d'une manière distincte.
- Quel genre de bruits? demanda la cuisinière.