Enfin, après de nouvelles recherches et de longs entretiens, il fut convenu que Mme Maylie et M. Losberne répondraient d'Olivier s'il était recherché par la justice, et un magistrat du voisinage reçut leur caution. Blathers et Duff, après avoir été gratifiés de quelques guinées, revinrent à Londres, sans être du même avis relativement à leur expédition. Tout considéré, Duff inclina à croire que la tentative d'effraction avait été commise par la bande de Pet; Blathers, au contraire, en attribuait le mérite au célèbre Conkey Chickweed.

Peu à peu, Olivier se rétablit: les soins réunis de Mme Maylie, de Rose et de l'excellent M. Losberne, lui rendirent la santé. Si le ciel écoute les ferventes prières que lui adressent les coeurs pénétrés de reconnaissance (et quelles prières méritent mieux d'être écoutées?) les bénédictions que l'orphelin appela sur ses protecteurs durent descendre dans leur âme, et y répandre la paix et le bonheur.

CHAPITRE XXXII.
Heureuse existence que mène Olivier chez ses nouveaux amis.

Les souffrances d'Olivier furent longues et cruelles; outre la douleur que lui causait son bras cassé, il avait gagné, par suite du froid et de l'humidité, une fièvre violente qui ne le quitta pas pendant plusieurs semaines, et qui mina sa frêle constitution; enfin il commença à se rétablir lentement, et il put dire, en mêlant des larmes à ses paroles, combien il était profondément touché de la bonté des deux excellentes dames, et avec quelle ardeur il souhaitait, dès qu'il aurait recouvré la santé et les forces, pouvoir faire quelque chose pour leur témoigner sa reconnaissance; quelque chose qui leur fit voir combien l'amour et la gratitude remplissaient son coeur; quelque chose enfin, si peu que ce fût, qui leur prouvât que leur généreuse bonté n'avait pas été perdue, mais que le pauvre enfant que leur charité avait arraché à la misère, à la mort, souhaitait ardemment les servir de tout son coeur et de toute son âme.

«Pauvre petit! disait Rose, un jour qu'Olivier avait essayé d'articuler des paroles de reconnaissance qui s'échappaient de ses lèvres pâles; vous aurez bien des occasions de nous servir, si vous voulez; nous allons à la campagne, et ma tante a l'intention de vous emmener avec nous. La tranquillité du séjour, la pureté de l'air, le charme et la beauté du printemps, vous rendront la santé en quelques jours, et nous nous occuperons de cent manières quand vous serez en état de supporter la fatigue.

- La fatigue! dit Olivier: oh! chère dame, si je pouvais seulement travailler pour vous; si je pouvais seulement vous faire plaisir en arrosant vos fleurs, en soignant vos oiseaux, que ne donnerais- je pas pour cela?

- Vous ne donnerez rien du tout, dit Mlle Maylie en souriant: car, je viens de vous le dire, nous vous occuperons de cent manières; et, si vous prenez pour nous contenter seulement la moitié de la peine que vous dites, vous me rendrez très heureuse.

- Heureuse, madame! dit Olivier; que vous êtes bonne de me parler ainsi!

- Vous me rendrez plus heureuse que je ne puis dire, répondit la jeune fille. Penser que ma bonne tante a pu arracher quelqu'un à l'affreuse misère dont vous nous avez parlé, c'est déjà pour moi un grand bonheur; mais savoir que l'objet de sa bonté et de sa compassion est sincèrement reconnaissant et dévoué, cela me rendrait plus heureuse encore que vous ne pouvez l'imaginer. Me comprenez-vous? demanda-t-elle en remarquant la mine pensive d'Olivier.

- Oh! oui, madame, répondit vivement Olivier; mais je songeais que je suis ingrat en ce moment.