Et les dimanches! jamais il n'en avait eu de pareils. Quels heureux jours! D'ailleurs il n'avait plus que des jours heureux. On allait le matin à la petite église, tout entourée d'arbres dont les branches venaient caresser les fenêtres de l'édifice; les oiseaux chantaient alentour et l'air embaumé répandait partout ses parfums. Les pauvres gens du village étaient si propres et s'agenouillaient si pieusement pour prier, qu'il semblait que ce fût un plaisir et non un devoir ennuyeux qui les réunit en ce lieu; et, quoique le chant fut assez rustique, il semblait plus harmonieux, au moins aux oreilles d'Olivier, que tous ceux qu'il avait jusqu'alors entendus à l'église. On se promenait ensuite comme d'habitude; on visitait les paysans dans leurs petites maisons, brillantes de propreté. Le soir, Olivier lisait un ou deux chapitres de la Bible, qu'il avait étudiés toute la semaine, et, en accomplissant ce devoir, il était plus fier et plus heureux que s'il eût été le ministre lui-même. Le matin, il était sur pied à six heures; il allait courir les champs et longer les haies pour cueillir des bouquets de fleurs sauvages, dont il revenait chargé à la maison, et qu'il disposait et arrangeait de son mieux pour orner la table au déjeuner; il rapportait aussi du séneçon pour les oiseaux de miss Maylie, et il en décorait leur cage avec un goût exquis; quand il avait bien soigné les oiseaux, il avait d'ordinaire quelque commission charitable à faire dans le village, ou, s'il n'y en avait pas, il pouvait toujours s'occuper au jardin et soigner les fleurs, toutes choses qu'il avait apprises de l'instituteur du village, qui était un parfait jardinier; il s'appliquait de tout coeur à cette besogne, jusqu'à ce que miss Rose descendit au jardin; elle lui adressait mille compliments pour tout ce qu'il avait fait, et il se trouvait amplement récompensé par son gracieux sourire.

Trois mois s'écoulèrent ainsi; trois mois qui, dans la vie des hommes les plus heureux et les plus favorisés du ciel, eussent été trois mois d'un bonheur sans mélange, mais qui pour Olivier, après une enfance si agitée et si orageuse, étaient la félicité suprême: avec la plus pure, la plus aimable générosité d'une part, et la reconnaissance la plus sincère, la plus vive, la plus dévouée de l'autre, il n'est pas étonnant qu'au bout de ce court espace de temps Olivier fût dans l'intimité complète de la vieille dame et de sa nièce, et que l'affection sans bornes que leur avait vouée son coeur jeune et sensible fût pour elles un sujet d'orgueil et un motif de l'aimer: c'était sa récompense.

CHAPITRE XXXIII. Où le bonheur d'Olivier et de ses amis éprouve une atteinte soudaine.

Le printemps passa vite, et l'été commença. Si, jusque-là, la campagne avait été belle, elle était maintenant dans tout son éclat et étalait toutes ses richesses. Les grands arbres, qui avaient longtemps paru nus et dépouillés, avaient retrouvé toute leur vigueur, et déployaient leurs verts rameaux, offrant sous leur ombre d'agréables retraites, d'où la vue s'étendait sur le paysage doré par le soleil; la terre avait revêtu son manteau de verdure, et exhalait au loin les plus doux parfums. On était au plus beau moment de l'année rajeunie; tout respirait la joie.

On continuait à mener une existence paisible au petit cottage, et la même sérénité d'humeur régnait parmi ses habitants. Depuis longtemps Olivier avait retrouvé la force et la santé; mais, qu'il fût malade ou bien portant, il n'y avait nulle différence dans son affection dévouée pour ceux qui l'entouraient. (Il y a beaucoup de gens qui ne pourraient pas en dire autant.) Il était toujours aussi doux, aussi attaché, aussi affectueux que lorsque les souffrances avaient miné ses forces, et aussi attentif à tout ce qui pouvait faire plaisir à ses bienfaitrices.

Par une belle soirée, ils avaient fait une promenade plus longue que d'ordinaire; la journée avait été d'une chaleur exceptionnelle, la lune brillait dans son plein, et une brise légère s'était levée, plus fraîche que d'habitude. Rose avait été pleine d'entrain, et ils avaient prolongé leur promenade, en causant joyeusement, beaucoup au-delà des limites habituelles. Mme Maylie était fatiguée; ils revinrent lentement à la maison. La jeune demoiselle ôta son chapeau, et se mit au piano comme à l'ordinaire; après avoir promené d'un air distrait ses doigts sur le clavier pendant quelques instants, elle entama un air lent et solennel. Tout en le jouant, on l'entendait soupirer comme si elle pleurait.

«Ma chère Rose!» dit la vieille dame.

Rose ne répondit rien, mais se mit à jouer un peu plus vite, comme si la voix de sa tante l'eût arrachée à quelque pensée pénible.

«Rose, mon amour! dit Mme Maylie en se levant précipitamment et en se penchant vers la jeune fille. Qu'est-ce que tu as? ton visage est baigné de larmes, ma chère enfant. Qu'est-ce qui te fait souffrir?

- Rien, ma tante, rien, répondit la jeune fille; je ne sais ce que j'ai, je ne pourrais le dire, mais je me sens mal à l'aise ce soir, et…