«Il n'est venu personne, Tobie? demanda le juif.

- Pas une âme, répondit M. Crackit en relevant son collet; il y avait de quoi s'ennuyer à périr. Vous devriez me faire un beau cadeau, Fagin, pour me récompenser de garder la maison si longtemps. Je suis gros comme un juré, et j'aurais été dormir sur les deux oreilles, si je n'avais pas eu la bonté de rester pour distraire ce jeune novice. Je crève d'ennui, ma parole d'honneur.»

En même temps, M. Tobie Crackit, après toutes ces jérémiades, ramassa les enjeux, mit son gain dans la poche de son gilet d'un air dédaigneux, comme si cette menue monnaie était indigne d'un homme de son rang, et sortit avec une démarche si élégante et si distinguée, que M. Chitling, après avoir contemplé avec admiration ses jambes et ses bottes, jusqu'à ce qu'il les eût perdues de vue, déclara à la compagnie qu'il trouvait que ce n'était pas cher de faire sa connaissance à raison de quinze pièces de six pence l'entrevue, et qu'il ne se souciait pas plus de ce qu'il avait perdu que d'une chiquenaude.

«Quel drôle de corps vous faites, Tom! dit maître Bates, que cette déclaration amusait beaucoup.

- Pas du tout, répondit M. Chitling; n'est-ce pas, Fagin?

- Vous êtes un charmant garçon, mon cher, dit le juif en lui frappant doucement sur l'épaule et en clignant de l'oeil à ses autres élèves.

- Et M. Crackit est une fameuse lame, n'est-ce pas, Fagin? demanda
Tom.

- Sans doute, mon cher, répondit le juif.

- Et c'est une belle affaire que d'avoir fait sa connaissance, n'est-ce pas, Fagin? poursuivit Tom.

- C'est évident, répondit le juif; laissez-les dire. Ne voyez-vous pas qu'ils sont jaloux de ce qu'il ne se familiarise pas avec eux comme avec vous?